POLITIQUE

Perpignan municipales: la gauche est tentée par le pire

Vers une élection par défaut du sortant Jean-Marc Pujol ?

Panneaux électoraux vierges, avenue Jean Mermoz, Perpignan, 27 mai 2020 © La Clau
Panneaux électoraux vierges, avenue Jean Mermoz, Perpignan, 27 mai 2020 © La Clau

L’affiche du second tour des municipales de Perpignan est incertaine. La gauche courra-t-elle le risque de faire gagner le Rassemblement national ?

La dynamique électorale des municipales, cassée par le Covid-19 partout en France, questionne fortement certaines des 43 communes du Pays Catalan où le second tour est nécessaire. A Perpignan, le délai entre le tour annulé du 22 mars et son report au 28 juin, produit des calculs inattendus. Le probable retrait du candidat de la République en Marche, Romain Grau (13,17%) laisse entendre une arithmétique de reports de voix dans laquelle intervient la centriste Clotilde Ripoull (6%) en appuyant la candidate Agnès Langevine (14,51 %). Membre d’Europe Ecologie, soutenue par un Parti Socialiste (PS) fatigué, celle-ci espère devenir la « première femme maire de Perpignan », selon ses déclarations dans le quotidien L’Indépendant, du 7 mars. Vice-présidente de la région “Occitanie” dont elle valide l’existence, Agnès Langevine espère agréger les voix des listes d’extrême gauche “L’Alternative” (6,58%) et “Faire entendre le camp des travailleurs” (0,76%).


Qui prendra en charge le hold-up électoral ?

Le maintien d’A. Langevine est encouragé par la présidente de la région “Occitanie”, Carole Delga, dans une ingérence couplée à un jeu avec le feu. Cette persistance peut produire un résultat maximal de 41,02% par l’hasardeuse addition des candidatures de premier tour, autres que celles des candidats Jean-Marc Pujol (maire sortant, 18,4%), relais de l’aile dure des Républicains, et Louis Aliot (35,6%), aile amène d’un Rassemblement national (RN) néanmoins d’extrême droite. Vers A. Langevine, la déperdition de voix est inévitable chez les nombreux électeurs de Romain Grau déçus par J.M. Pujol, tandis qu’un report des voix de Clotilde Ripoull, rattachée à un centre-droit modéré, n’est pas garanti. En toile d’un fond de plus en plus diffuse, la fédération catalane du PS est partagée entre l’idée du retrait, suivie d’un soutien à J.M. Pujol, comme en 2014, et le maintien, au risque d’offrir sa première ville de plus de 100.000 habitants au parti à la flamme d’origine italienne.

En Europe, Louis Aliot serait déjà maire

Vers l’issue des municipales de Perpignan, une nouvelle victoire de J.M. Pujol serait le triomphe d’un maire par défaut, non pas désiré, mais choisi par élimination de la concurrence, c’est à dire élu grâce au “Front républicain” auquel Louis Aliot, candidat RN, affirme ne plus croire. Une victoire d’Agnès Langevine prendrait des allures de hold-up sociologique, car la ville n’est manifestement pas de gauche dans la composition idéologique de ses habitants exerçant leur droit de vote. La gauche minoritaire se glisserait alors dans l’opportunité d’un énième scrutin paramétré par l’extrême droite.
En amont, la persistance française du scrutin uninominal majoritaire à deux tours continue de fausser le jeu, à l’inverse de l’écrasante majorité des autres Etats européens, à commencer par l’Espagne, si loin, si proche : un Louis Aliot candidat a Figueres serait maire dès un unique premier tour et composerait une majorité en piochant parmi les autres offres politiques. A Perpignan, le mode électoral impose depuis plusieurs décennies des murs de contention qui faussent la réalité en vertu de la distance qui sépare la réalité sociologique ressentie par le plus grand nombre, du filtrage, au fond administratif, de l’opinion issue des isoloirs.

SR.