CULTURE

Historique: la tribune disparue de Saint-Michel de Cuixà reconstituée en 3D

Le puzzle des éléments sculptés, qui ont été volés ou déplacés, est abouti

Exclusif la tribune disparue de St-Michel de Cuixà reconstituée en 3D © Py Films - Association culturelle de Cuixà
Exclusif la tribune disparue de St-Michel de Cuixà reconstituée en 3D © Py Films - Association culturelle de Cuixà

Une belle avancée pour le patrimoine catalan est annoncée par la reconstitution virtuelle de la tribune disparue de l’abbaye de Saint-Michel de Cuixà. Cette oeuvre datant de 900 ans, détruite il y a 500 ans, retrouve son aspect grâce aux technologies 3D appliquées à l’«anastylose», répandue en Grèce.

La reconstitution de la réalité passée, grâce à la technologie, est en marche à Saint-Michel de Cuixà, l’abbaye bénédictine de la région du Conflent fondée l’an 878. Ce chef d’oeuvre de l’art roman catalan a subi au 16e siècle le démantèlement de sa tribune « jubé », érigée quatre siècles plus tôt entre la nef et le chœur de son église. Cette partie disparue est désormais reconstituée en images de synthèse. Elle renaît de façon inédite grâce un modèle inspiré du prieuré de Serrabona, puis « garni » virtuellement. La grande découverte de cette initiative est la reconstitution intégrale d’un arc sculpté, actuellement présent dans le cloître de Cuixà, où il a été déplacé. Cette pièce qui s’emboîte parfaitement dans le modèle 3D a suivi le même processus que 10 blocs sculptés, savamment identifiés malgré leur détournement, consécutif du dépeçage du cloître. Une moulure figurant sur leur flanc a trahi leur usage antérieur, sur un arc à présent révélé. Cette entreprise patrimoniale permet aussi aux effigies de Saint Luc et Saint Marc de retrouver leur place.


L’assemblage des pièces constitue une anastylose, technique archéologique répandue en Grèce, fondée sur la reconstitution de monuments en ruines par l'étude méthodique de l'ajustement des éléments qui les composent. Les pièces manquantes sont alors produites en matériaux modernes, de couleur différentes, pour distinguer l’authentique du reproduit. A Saint-Michel de Cuixà, du 16e au 19e siècle, les fragments de marbre rose du Conflent, sculpté par des maîtres, ont été dispersés dans les proches villages, perdus ou achetés par « The Cloisters », espace dédié au sein du Metropolitan Museum of Art de New York. Des chapiteaux d'époque, réutilisés dans le cloître à la façon d’un recyclage, ont également été replacés, avec précision, dans leur contexte premier.
Cette modélisation en 3D précède une très ambitieuse reconstruction réelle, prévue dans le courant de la décennie. Dans ce but, un « Projet pour Cuixa » comportant un financement participatif vise à recueillir 300 000 euros, dont un quart a été rassemblé. La réalisation, sous la direction d'Olivier Poisson, conservateur général du patrimoine honoraire des Pyrénées-Orientales, est due à Nicolas Nony, ingénieur en image, mobilisé auparavant sur l’actualisation des vestiges archéologiques de la ville romaine de Javols-Anderitum, située en Lozère. Le documentariste Henri-Louis Poirier, réalisateur de films archéologiques, a également participé à cette re-création.