POLITIQUE

Jordi Vera se confie: «les armes s’imposaient contre Franco»

L’ex-militant anti-franquiste soutient candidat Romain Grau aux municipales de Perpignan

Jordi Vera © Joaquín Fernández
Jordi Vera © Joaquín Fernández

La liste présentée par le député Romain Grau aux élections municipales de Perpignan comportera plusieurs personnalités, dont l’entrepreneur Laurent Sobraquès, l’universitaire Jean-Marc Moulin et le médecin hospitalier Pierre Perucho. Le mouvement Oui au Pays Catalan y sera présent via son fondateur et leader, Jordi Vera. Ce militant politique livre son parcours, jalonné d’opérations musclées contre le régime totalitaire espagnol.

Jordi Vera doit son demi-siècle de longévité politique à de nombreuses mues. Militant anti-franquiste dans la région de Barcelone à 13 ans, jeté en prison par le régime totalitaire espagnol, exilé en Belgique, marié à Elne, fondateur en Roussillon de partis politiques de territoire, le président du mouvement moderne Oui au Pays Catalan (OPC) affirme « mon pays, c’est ici ». Il est l’un des fondateurs des écoles catalanes La Bressola et Arrels et organisateur des grandes manifestations contre la Septimanie, avec le « Burro Masqué » en 2005 puis contre le dénomination « Occitanie » en 2016. Après ces événements populaires qui ont dépoussiéré et relooké le catalanisme politique, Jordi Vera vise le consensus sur l’avenir du territoire. En 2020, il fera équipe avec Romain Grau, candidat de la République en Marche, soutenu par l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) et le Mouvement Démocrate (MoDem), au scrutin municipal de Perpignan.


La Clau : Jordi Vera, vous êtes né en 1953 d’un père grossiste en fruits et légumes et d’une mère marchande de légumes, à Terrassa, près de Barcelone. Dans votre enfance, pendant que Perpignan festoyait au Nouveau Théâtre, c’était comment là-bas ?

Jordi Vera : le contexte était radicalement différent à aujourd’hui, car je suis né dans la décennie la plus dure du régime instauré en 1939 par le général Franco. J’ai choisi l’action, très jeune. Celui que je suis aujourd’hui a traversé des périodes assez agitées… A l’époque, là-bas, c’était difficile. Mon adolescence s’est inscrite dans une atmosphère de lourdeur, la société était sous cloche. Le franquisme a exproprié ma famille de la plupart de ses biens, c’étaient des années de grande souffrance. Un cousin de mon oncle est mort dans un camp d’Allemagne, la plupart des hommes de ma famille se sont exilés, à Paris, à Saint-Cyprien, à Montauban, etc. Mon grand-père, trop vieux, est resté au mas que nous habitions, sur l’avenue principale de Terrassa. Il y avait 40 000 habitants, c’était une ville rurale, mais avec énormément l’industrie textile et de commerce. Les franquistes ont saisi tous les biens de la branche de ma famille vivant à Lleida, et presque toute ma parentèle de là-bas a pris les chemins de l’exil. Ceux qui sont restés ont dû supporter un climat pesant, qui a duré jusqu’en 1962, avec une misère généralisée. Mes parents s’en sortaient, mais la société allait très mal. On avait un sentiment de défaite, et d’humiliation, car la Guardia Civil était cruelle.

Votre première prise de conscience politique ?

Ma famille me recommandait d’éviter la politique car un grand-oncle, Alfons Arús avait été sénateur radical-socialiste et fondateur du Grand Orient d’Espagne. Mais, tout sénateur qu’il soit, le régime le mettait en prison pendant deux semaines à chaque visite du roi d’Espagne à Barcelone. La franc-maçonnerie rappelait de mauvais souvenirs à ma famille. Ma grand-père avait été couturière chez les Lamarca, dont la fille, Eugènia, a épousé le colonel Francesc Macià, président du gouvernement catalan en 1932 et 1933. Elle vouait une grande admiration à cette dame. J’ai donc connu une certain bain politique, mais ma prise de conscience est venue sur le marché de Terrassa, vers 1961. Une famille très rurale, venue de la ville voisine de Matadepera, avait un enfant simplet, prénommé « Jaumet », auquel les gens donnaient la pièce pour qu’il exécutait des danses. Un jour, un guardia civil l’a entendu parler, en catalan. Ce garçon d‘âge mental limité, sans conscience de langue ni de régime politique, a été durement frappé par le policier, car il ne parlait pas espagnol. Cette humiliation et cette violence m’ont profondément choqué. Personne n’est intervenu, par crainte de la prison, ce qui a renforcé, chez moi, le sentiment d’injustice.

Votre premier acte politique ?

J’ai imprimé des tracts pour défendre la liberté, juste avant un référendum organisé en décembre 1966 par Franco, pour s’assurer que la monarchie lui succéderait. J’avais 13 ans, tout cela était confus dans ma tête, mais cela a signifié mon entrée en résistance politique, tout seul. En 1967, j’ai découvert les assemblées clandestines des jeunesses du syndicat Commissions Ouvrières et constaté que leur objectif strictement communiste n’était pas le mien. Je me suis découvert catalaniste. Puis, un ami m’a parlé de l’organisation clandestine « Front de Libération de la Catalogne », que j’ai rejointe. J’ai donc rallié les unités militaires de résistance. Nous faisons des sabotages, des dynamitages de monuments fascistes et de locaux du parti unique franquiste. Nous protégions des manifestations attaquées par la Guardia  civil, qui tirait à balles réelles. Nous avons commis 200 attentats en deux ans, contre des trains, contre la célébration de la journée nationale franquiste, il y avait des batailles de rue avec des fascistes. C’était il y a plus de 50 ans. Le contexte, la tension, les analyses du monde étaient bien différents. 

Cela paraît incroyable… vous n’en rajoutez pas un peu ?

Au contraire ! Je vous économise les épisodes les plus violents de cette période d’effervescence. Nous avons fêté les 50 ans de la révolution russe, en 1967, à coups de pierres contre la police, équipée de mitraillettes. Puis, j’ai été torturé et incarcéré trois semaines pour avoir participé à une manifestation contre la guerre du Vietnam. J’étais mineur, mais le régime de Franco n’y voyait aucun problème. Peu de temps après, je me suis retrouvé à la direction du mouvement Commission Ouvrière de Catalogne. Nous avons créé une section “Izquierda revolucionaria”, qui s’inspirait du Conseil National de la Résistance, de Jean Moulin, des guérilleros sud-américains… nous avions les repères que nous pouvions. Tout allait très vite, je me suis engagé à fond dans une hyperactivité militante, avec bien des anecdotes. Le 3 mai 1970, j’ai rejoint une réunion communiste secrète, dans un couvent, à Madrid, en empruntant le bus d’une penya du Barça. C’était rocambolesque. Une autre fois, je me suis rendu en voiture chez un militant à Lyon, mais au retour, la police est venue m’arrêter chez mes parents. J’ai été rudement violenté et je leur ai fait le faux aveu que j’étais allé voir des films porno à Perpignan. A l’époque, c’était la mode. En 1973, comme j’étais filé par la police espagnole, j’ai acheté un billet pour aller voir le Barça, au Camp nou de Barcelone. A peine entré dans le stade, je suis ressorti par la porte opposée pour semer les agents, sauter dans la voiture d’un copain et rejoindre l’aéroport, vers Bruxelles. En Belgique, j’ai retrouvé des camarades de lutte, réfugiés. Nous avons réorganisé le Front de Libération de la Catalogne, que nous avions fondé à Barcelone et préparé des lieux de repli à Saint-Laurent de Cerdans, à Perpignan, à Elne, où des familles nous portaient secours. Dans ces années-là, il y a eu près de soixante arrestations dans les milieux que je fréquentais, et des condamnations à 20 et 30 ans de prison. Pas mal de copains se sont exilés en France,  en Andorre et en Belgique. Puis, la fin officielle du franquisme a apaisé la situation et je me suis marié en mai 1975 à Elne, à Lucille Grau, fille d’une grande famille de la ville. J’ai aider des militants à passer la frontière par le Vallespir, le temps de se faire oublier au Sud. Ils séjournaient à la maison, qui constituait une sorte de base de repli. Entre-temps, j’ai bénéficié de l’amnistie accordée aux militants par le nouveau régime espagnol, plus ou moins démocratique.

On retrouve là les ingrédients du terrorisme…

Il y toujours des individus qui font l’amalgame entre la résistance active et le terrorisme. Non, tout ce que je vous détaille peut surprendre, mais repose sur des convictions sérieuses. Je me suis toujours senti résistant et sûrement pas terroriste. Avec le recul, on sait que les armes s’imposaient contre Franco. Lorsque les Basques ont organisé l’attentat contre son dauphin, l’amiral Carrero Blanco, en 1973, toute la gauche européenne a applaudi ! Il faut se replacer dans l’époque. Si YouTube, Facebook et Instagram avaient existé à l’époque, tout le monde saurait que le franquisme a survécu à Franco (ndlr : mort le 20 novembre 1975). Ma résistance à moi était consciente de cette persistance, sous un maquillage démocratique. Dans la décennie suivante, j’étais membre de la branche politique de l’organisation armée Terra Lliure (Terre libre), mais en 1989, l’effondrement du bloc soviétique a enterré l’idée de violence pour des idées. L’action démocratique s’est imposée. Nous avons décidé de stopper tout et de négocier, en compagnie d’un autre militant, Jaume Renyé, avec le pouvoir socialiste, dirigé par Felipe González. Les irréductibles du mouvement, qui nous considéraient comme des traîtres, ont été arrêtés et l’un d’eux nous a dénoncés comme auteurs d’attentats. J’ai donc été arrêté à mon tour, le 8 décembre 1992, de retour de Mallorca. A cette époque, j’étais membre de la direction de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), parti pionnier dans les avancées sociétales et politiques du pays. J’étais aussi secrétaire parlementaire, à Perpignan, du député européen Heribert Barrera. Je bénéficiais d’une certaine protection car je venais de mener des tractations avec le ministre de l’Intérieur, mais j’ai passé quelques jours en prison, où des camarades ont été torturés, je les ai parfaitement entendus gémir. L’espagne est indécrottable ! J’ai expliqué au juge que j’aurais répondu à son invitation sans interpellation. C’était confus, kafkaïen. Cela a débouché logiquement sur un non lieu, en 1993, suite aux négociations effectuées avec l’Etat espagnol, car nous avons obtenu la libération de tous les condamnés et des mis en examen. Mon casier judiciaire est vierge.

Jordi Vera, 1974

Vous avez entamé un long parcours politique pour arriver jusque-là...

C’est certain, et toujours dans le but d’obtenir des résultats. Après ERC, j’ai fondé le « Partit Per Catalunya », à Perpignan, en 1992, puis le Bloc Català en 2001, transformé en Convergence Démocratique de Catalogne (CDC). Le président du gouvernement catalan, Artur Mas, m’a fait confiance pour mener à bien l’installation, ici, de ce parti prestigieux, associé au renouveau économique. Cela a permis de notabiliser un parti de territoire, en abandonnant les vieux réflexes soixante-huitards. Puis, CDC est devenu Oui au Pays Catalan en octobre 2016, lors d’un congrès fondateur au Mégacastillet.

La Catalogne du Sud vous préoccupe ?

Elle ne m’indiffère pas, mais l’urgence est ici, car nos difficultés économiques et identitaires sont bien supérieures. Oui au Pays Catalan articule son action sur le triptyque « Economie, identité et territoire » tout en invitant ses adhérents à choisir leur priorité parmi ces trois aspects. Mais je garde mes valeurs : je suis intervenu immédiatement dans les médias lorsque le gouvernement espagnol a privé la Catalogne de ses droits organiques en appliquant l’article 155 de la Constitution espagnole, en octobre 2017. C’était bien avant le mouvement de rubans jaunes, des prises de position institutionnelles etc. J’étais bien seul, alors que des dirigeants politiques perpignanais prenaient le parti de Madrid, parlaient de « violation du droit espagnol » etc. La Catalogne du Sud est notre continuité géographique, mais mon pays, c’est ici. Ce sentiment est d’ailleurs partagé par la plupart des habitants.

A quoi sert votre engagement avec Romain Grau aux municipales de 2020 à Perpignan ?

Mon courant d’idées peut obtenir 6 ou 7 % en se présentant seul, mais cela n’a aucun intérêt. Parmi les candidats crédibles, seul Romain Grau est capable de relayer notre projet d’évolution institutionnelle au bénéfice de tous. La prochaine décennie entraînera une nouvelle réforme territoriale, qui comportera la suppression des départements. Ma formation politique a bâti un projet de Collectivité Territoriale Unique, prévu par l’article 72 de la Constitution. Nous voulons peser sur le débat qui viendra et ne pas camper sur des revendications vaines. Notre avenir sera-t-il inspiré du modèle basque, où une grande agglomération “Pays Basque” a été créée en 2017 ? Le schéma corse, ébauché dès le milieu des années 1980 par le président José Rossi, membre de l’UDF, sera notre inspiration ? Je ne le sais pas, mais je défends une évolution institutionnelle fondée sur le remplacement du département « Pyrénées-Orientales » par une Collectivité Pays Catalan. Cette entité doit répondre à notre grand isolement géographique et économique, ou dans le domaine des transports. Nous nous y sommes malheureusement habitués, mais les gens qui viennent de l’extérieur s’en rendent compte en deux secondes !
La candidature de Romain Grau profite de l’expérience et de l’assise du mouvement que je dirige, Oui au Pays Catalan. Nous avons obtenu des résultats historiques aux élections législatives de 2017, sur un programme précis, en grignotant des voix sur les partis fantômes. Avec nous, les électeurs attachés à l’avenir de ce territoire pèseront sur sa candidature.

Vous vivez dans le quartier Saint-Jacques. Quelles sont vos idées précises pour Perpignan ?

La rénovation urbaine est un pivot de la prochaine décennie. Il faudra rénover sans expulser, obtenir la fameuse « mixité sociale » en respectant les gens, retrouver une identité de ville forte, partagée, généreuse. Les candidats aux élections évitent Saint-Jacques, ils ne s’y promènent jamais et n’y habitent surtout pas. Je me suis rendu compte que ceux qui n’y viennent jamais ne vont jamais nulle part sans arrière-pensée. Ils ne s’intéressent pas au réel, il n’écoutent pas ce que disent les gens, ils ignorent leurs difficultés. Ce qu’il faut d’abord, c’est écouter les gens.

Les années Alduy ont formaté la ville ?

C’est peu de le dire ! Depuis 1959 (ndlr : année de l’arrivée du maire Paul Alduy à l’Hôtel de ville), les municipalités ont décidé pour les gens, sans leur participation. A partir de 1993, Jean-Paul Alduy a introduit la concertation, mais tout était écrit à l’avance, la concertation servait à persuader les gens plus qu’à les écouter. D’ailleurs, la France fonctionne encore trop verticalement. Si je garde quelque chose de la Catalogne du Sud, c’est l’horizontalité des mécanismes de décision. Pour Perpignan, j’imagine une méthode moins autoritaire, plus humble que l’actuelle. Le défaut de participation des gens est flagrant, souvent parce qu’on juge les gens à leur façon de parler. Dans le quartier Saint-Jacques, les gens se parlent moins, ils vivent moins ensemble. Jean-Paul Alduy s’est trompé en voulant créer des passerelles, avec sa théorie de l’archipel. C’était une vision de banlieue française, inadaptée à notre ville. Aujourd’hui, il faut préserver Saint-Jacques par un système gagnant-gagnant, avec de l’accueil, des bars, de la musique, un mélange qui fonctionne. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est vouloir éparpiller la population gitane, car le peuple gitan, s’il est séparé, n’est plus. Les gitans savent cette évidence. D’ailleurs, si nous voulons voir émerger des médecins, des professeurs ou des notaires gitans, il faut les scolariser en catalan dès le plus jeune âge, et introduire le français plus tard. Sans cela, le français leur est imposé trop tôt et c’est l’échec. L’analphabétisme vient de ce phénomène. Plus généralement, la mairie doit cesser d’agresser leur quartier et changer d’approche : ne plus faire des choses pour eux, mais faire des choses avec eux. A Perpignan, l’hypocrisie est de s’adresser aux gens par communautés, alors qu’ils sont parfaitement aptes à se mélanger sur des projets. Les maghrébins de Saint-Jacques sont ouverts à une intégration à travers des symboles, au travers d’une identité partagée. Le ciment catalan est un liant entre tous, l’identité motive l’économie, l’image du territoire et l’intégration. Nous avons une chance énorme par rapport aux régions de France sans identité, notamment la région parisienne, où il n’y a aucun point d’accroche solide pour les nouveaux venus.

Vous avez rendu  le catalanisme plus « sexy » ?

Si vous le dites ! Les personnes devenues sensibles à l’évolution de ce pays se sont multipliées. Elles partagent un sentiment qui n’est pas nécessairement culturel ni linguistique, mais territorial, lié au partage d’une identité. De très nombreux maires avec lesquels je parle me disent que la seule offre politique adaptée à notre département est la nôtre. Ils ajoutent souvent « mais je ne partage pas tout avec vous ». C’est un bon signe. Les mouvements politique ne doivent plus ressembler à des intégrismes religieux, qui exigent une adhésion à 100 %. Les électeurs se sont habitués aux changements de partis et les vieilles formations monolithiques sont moins “sexy”, comme vous dites, car elles ont une vision dogmatique et contraignante. Elles ne séduisent plus.

Qu’est-ce qui a changé, ici, depuis 45 ou 50 ans ?

Le paysage linguistique. Aujourd’hui, le catalan concerne les jeunes, alors qu’avant c’était un truc de vieux, mais le nombre de gens qui parlent naturellement le catalan, dans la rue, a fondu. Au niveau économique, une sorte de révolution est en cours, avec les entreprises technologiques, la logistique etc., mais la petite industrie a fortement reculé et notre image s’est relativement détériorée. Les mentalités ont basculé dans l’idéologie du Sud et du soleil. Il y a 45 ans, on voyait bien moins de palmiers ! Depuis, un décor artificiel a pris place pour transformer le Pays Catalan en destination touristique et non pas en région d’inventivité, d’initiatives, de travail. Cela fait d’ailleurs partie des malentendus avec la Catalogne du Sud.

… Des malentendus avec la Catalogne du Sud !?

Oui. Il faut savoir que la Catalogne du Sud réelle, pas celle des catalanistes cultivés, ne nous considère pas. Perpignan a fait du bluff, en taisant ou en ignorant cela, pendant 25 ans. Les Catalans du Sud, dont je viens, sont des gens de business, très naturellement. Ici, le fonctionnariat est prépondérant. Ils n’ont pas grand-chose à faire de nous et nous réservent parfois une sorte de mépris. Souvent, dans les réunions transfrontalières à caractère économique, ils ignorent que nous avons le record de France du chômage, très peu d’industrie et une fuite des cerveaux constitutive du système centraliste. Leur vision est faussée car certains de nos décideurs évitent la vérité. Souvent, ils ont une vision touristique de la Catalogne du Sud, sans conscience de l’importance internationale de Barcelone. Au mieux, ils connaissent les aéroports et les restaurants.

Le « transfrontalier », ça existe ?

Si ça existe, nous y sommes toujours perdants, car les produits du Sud viennent ici, mais l’inverse est anecdotique. Il suffit d’aller dans les supermarchés ou les magasins de bricolage. On y trouve des produits fabriqués dans la banlieue de Barcelone. Il y a peu, j’ai vu chez Leroy Merlin des prises électriques fabriquées à Olot. Nous, nous avons une vision provinciale de nous-mêmes, ce qui ajoute au malentendu. Le transfrontalier fonctionne en Alsace et au Pays Basque, mais pas ici. Tant que ce territoire ne sera pas redressé, qu’il sera passif, le transfrontalier sera injuste. Cela fonctionne un peu dans le tourisme, même c’est très inégalitaire. Le transfrontalier n’est pas prêt de fonctionner à notre avantage, mais c’est un domaine qui fonctionne très bien du point de vue symbolique.

Entretien Martin Casals.