POLITIQUE

Romain Grau à coeur ouvert

Questions délicates au candidat aux élections municipales de Perpignan

Romain Grau, candidat aux élections municipales de Perpignan © Joaquín Fernández
Romain Grau, candidat aux élections municipales de Perpignan © Joaquín Fernández

Après s’être confié le 5 novembre sur sa vision de Perpignan, le candidat aux municipales Romain Grau s’exprime à coeur ouvert sur son parcours politique. Étiquettes, revirements, parcours express… le natif de l’Aspre, député de la République en Marche depuis 2017, éclaircit les interrogations. Quelles que soient les perspectives parisiennes qu’on lui a prêtées, le postulant a préféré le Roussillon « car j’aime ce territoire », nous avoue-t-il.

La Clau : Romain Grau, votre destinée politique se dessine en 1993 à votre entrée à l'Institut d'études politiques de Paris « Science Po ». Mais auparavant, en 1987, vous perdez votre père et devenez l’homme de la maison, à seulement 13 ans. Le sens des responsabilité s’impose à vous, comme dans un roman du XIXe, avec un drame fondateur et une adolescence sacrifiée, une enfance rurale précédant des urbanités… Vous êtes forcé au dépassement de soi ?


Romain Grau : il serait tellement facile de romancer sa vie pour tirer les larmes à vos lecteurs… C’est vrai, l’enfant que j’étais a dû assurer l’avenir de la propriété agricole de sa famille, aux côtés de sa mère. Je m’y suis énormément impliqué, notamment à la vigne. Cet épisode est fondateur pour moi.
Mon histoire est celle d’un fils d’agriculteur et de commerçante de Villemolaque, dans un village avec une vie rurale très marquée. J’ai été élevé à la façon traditionnelle du Roussillon, avec une grande soeur, et une éducation invitant à la modestie, au culte du travail et à l’amour de la famille. A l’école primaire, j’étais dans une classe unique, car la population était alors en baisse. La famille bien que modeste était pour moi un cocon protecteur et dans lequel j’ai toujours pu me ressourcer avec bonheur.

La Clau : être ado à Villemolaque, coincé entre Perpignan et Le Boulou, c’est l’ennui ?

Détrompez-vous ! Mes loisirs d’enfant étaient ruraux. En dehors de la vigne, qui me prenait beaucoup de temps, j’ai joué pilier à l’équipe de rugby à XV de Trouillas, dont les anciens joueurs sont restés des amis proches. Le week-end, nous allions de temps en temps à Perpignan ou à Céret. Je n’ai jamais rencontré l’ennui car j’aimais les livres, la rue, les gens, les festivités animées par la communauté villageoise. J’aimais aussi l’histoire de mon petit pays. Je me suis intéressé très tôt à l’histoire et aux mystères de notre Roussillon. Etre un collégien comme les autres tout en travaillant avec ma mère m’a appris des valeurs, comme ce « dépassement de soi », qui est certainement naturel chez moi.

La Clau : le collège Moreto à Thuir, puis le lycée Arago à Perpignan, puis Paris ?

Oui. Même si cela fait un peu « cliché », je suis le fruit de la méritocratie républicaine. La première fois que je suis monté à Paris, c’était pour passer le concours d’entrée de Science-po, que j’ai obtenu. Tout au long de mes études supérieures, j’étais étudiant boursier. Une fois le diplôme de Sciences Po Paris obtenu, comme je voulais passer l’ENA (Ecole Nationale d'Administration) et que l’on recommandait de faire autre chose que Science-po auparavant, je suis rentré à HEC (L’École des Hautes Études Commerciales de Paris), par le concours d’admission directe. Pour payer tout cela, comme je n’avais à ce moment là plus droit aux bourses, j’ai travaillé comme attaché parlementaire du député socialiste Henri Sicre, que connaissait mon père, conseiller municipal de Villemolaque. H. Sicre m’a fait confiance, j’ai beaucoup apprécié le travail de cabinet avec cet homme exigeant et travailleur. Puis j’ai continué au cabinet du député Jean Codognès, également socialiste. Je me suis rendu compte que je préférais les activités ayant trait à l’intérêt général et le service public plutôt que le commerce. C’était une erreur de prisme, mais comme je me suis fait un peu tout seul mon chemin, j’ai fait des erreurs que d’autres n’ont pas commises. Mais c’est ainsi. Donc je n’ai pas terminé mon cursus à HEC, pour mieux préparer l’ENA, dont je suis sorti en 2004.

L’ENA c’est bien beau, mais ça donne quoi ?

Après l’ENA, j’ai entamé un parcours dans la fonction publique, en terminant par un poste de commissaire du gouvernement auprès du tribunal administratif de Versailles, où je me suis occupé de droit fiscal des entreprises, notamment s’agissant du département des Hauts-de-Seine. Je me suis passionné pour le droit fiscal, c’est à dire le fonctionnement et les difficultés vécues par les entreprises, de l’intérieur. En 2008, j’ai été recruté comme cadre par le cabinet d’avocats TAJ, dont je suis devenu associé. J’ai pris en charge le contentieux fiscal, qui consiste à défendre les contribuables face à l’Administration. J’ai investi beaucoup de passion dans cette activité. En parallèle de mes activités de praticien du droit fiscal, j’ai été maître de conférences en droit fiscal à Sciences Po Paris. C’était pour moi un grand plaisir d’enseigner dans l’école où j’avais été formé. J’ai aussi écrit de nombreux articles dans des revues professionnelles, dans les domaines de la fiscalité des entreprises.

Perpignan vous rappelle en 2008, pour les élections municipales...

Absolument. Tout en travaillant, je suis happé par la passion de mon pays. Jean Codognès me contacte pour participer à une liste sans étiquette soutenue par Europe Ecologie-Les Verts, avec des profils de centre-gauche et de centre-droit. J’apprécie cette façon de fonctionner, fondée sur le rassemblement et le consensus. Nous avons été battus (ndlr : 15,12 %) et Perpignan a vécu l’affaire de la chaussette. Puis, je suis devenu conseiller municipal d’opposition à l’issue d’une nouvelle candidature, identique, en 2009 (ndlr : le résultat obtenu a représenté 13,40 %). Bien que dans l’opposition, je n’ai rien perdu de mon goût du territoire et j’ai toujours exprimé l’envie de le servir. Pour ces deux raisons, j’ai été approché par Jean-Paul Alduy, maire de Perpignan, sénateur et président de la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée. Celui-ci m’a proposé une vice-présidence accompagnée d’une délégation à l’économie au sein de la Communauté d’agglomération. J’ai accepté cette proposition pour servir et être utile. Si j’avais joué une carrière politique, j’aurais cherché à être un des responsables de l’opposition. Pendant ce mandat, j’ai découvert en Jean-Paul Alduy un homme ambitieux, soucieux des valeurs d’ouverture, pour le territoire. J’ai aussi découvert un grand bosseur. Parallèlement, j’ai développé l’antenne de TAJ à Perpignan, rue Mailly, avec pas mal d’allers-retours à Paris, où je conseillais de nombreux entrepreneurs en proie à des contentieux en matière fiscale.

Ex-attaché de deux députés PS, devenu proche d’un maire de centre-droit, futur UMP… On vous prétend un peu partout !

Oui, mes adversaires se plaisent à me prêter beaucoup d’adhésions dans beaucoup de partis. En, réalité, la première carte que j’ai prise est celle du Parti Radical. Pour être membre d’un parti, il faut prendre une carte, payer sa cotisation et s’impliquer dans les réunions. Je n’ai jamais fait cela au Parti Socialiste, même si je n’en aurais pas rougi, car, lorsque j’étais attaché parlementaire, je pensais que la politique conduite par Dominique Strauss-Kahn était bonne pour la France. Mais au PS, à l’époque, tout le monde n’était pas Strauss-Kahnien. Les députés Sicre et Codognès ne m’ont jamais exigé d’adhérer au PS. Mon père et mon grand-père étaient membres du Parti Radical (PR), ils étaient « rad-soc », comme on dit ou “radicalets” comme on disait dans nos villages catalans pour se moquer gentiment de personnes toujours dans la modération et en recherche de consensus. J.P. Alduy m’a proposé d’adhérer au PR en 2010, j’ai accepté et je m’y suis senti en accord avec mes valeurs d’attachement à la laïcité, à la liberté, au désir d’égalité des chances et à la méritocratie scolaire (ces valeurs, je le retrouve d’ailleurs aujourd’hui avec bonheur à la République en Marche). Ensuite, j’ai suivi l’évolution du Parti Radical, qui était membre fondateur de l’UMP (Union pour la Majorité Populaire, classée à droite) avant de rejoindre l’UDI en 2011 (ndlr : Union des Démocrates et Indépendants, classée au centre-droit).

Aux municipales de 2014, vous soutenez Jean-Marc Pujol mais vous songez rapidement à la démission !

Dès 2013, j’ai commencé à préparer une liste avec des personnalités intéressantes, de la créativité et du sang neuf. Mais mon activité d’avocat me prenait du temps. J’ai alors décidé, avec Jean-Paul Alduy, de soutenir Jean-Marc Pujol, en représentant le centre laïque. J’ai fait campagne ardemment pour J.M. Pujol, dans une totale confiance, qui s’est avérée exagérée. Je me suis trompé. M. Pujol a promis face aux électeurs qu’il ne cumulerait pas le rôle de maire avec celui de président de l’agglomération Perpignan Méditerranée. Finalement, une fois la mairie gagnée, il a trahi son engagement et a brigué la présidence. J’ai respecté ce choix et j’ai songé à la démission, voire quitter la vie politique de notre département. Mais j’ai accepté la proposition d’être 1er adjoint de la Ville de Perpignan, en charge des finances, car j’ai voulu me donner le maximum de chances de servir notre Ville. Je veux participer à l‘action et fabriquer quelque-chose.

L’entourage de J.M. Pujol vous bride, alors vous prenez la direction de la société EAS...

Tout m’indique cela, oui. Rapidement, je m’aperçois que l’on souhaite m’isoler et qu’on caricature qui je suis pour m’enfermer dans un isolement, certains au sein de la majorité municipale. Au cours de cette même année 2014, je constate qu’une entreprise très importante pour Perpignan, EAS, qui emploie 250 personnes, est en liquidation. Cette activité de maintenance aéronautique est pleine de potentiel, mais aucun repreneur ne se présente. Etant conscient que EAS détient la compétence et l’énergie pour retrouver la prospérité, et étant surtout convaincu que si nous ne faisions rien l’activité aurait quitté Perpignan, j’organise un tour de table de partenaires financiers. Ceux-ci m’annoncent leur accord à condition que je devienne Directeur général. J’accepte volontiers ce défi, avec de l’enthousiasme, pour redresser l’entreprise. Je suis très fier d’avoir transformé les méthodes de travail d’EAS, avec les salariés et les actionnaires, car cette entreprise existe toujours. L’activité continue, avec un peu moins 200 salariés,mais elle continue et les nouveaux actionnaires espèrent doubler cet effectif.

EAS vous a valu une affaire de harcèlement moral...

Absolument. Lors de la campagne des élections législatives, mes adversaires ont joué avec l’économie de ce département et avec la vie de plusieurs centaines de familles. Ils ont favorisé et entretenu un climat délétère en me prétendant coupable de harcèlement moral à l’égard de tous les salariés de l’entreprise. Ils ont failli mettre EAS par terre en s’en prenant à moi. De nombreux salariés ont été entendus et cette affaire a été classée sans suite, en février 2018. Mes adversaires ont aussi expliqué que, comme le commissaire aux comptes n’avait pas certifié les comptes de l’entreprise, je m’étais rendu coupable de malversations. Je rappellerai que l’absence de certification du CAC ne constitue pas en elle-même une illégalité. On a observé une divergence d’interprétation dans la comptabilisation de deux postes, mais l’honnêteté des dirigeants et des actionnaires n’a jamais mise en doute. Cela a débouché sur un manque de certification, qui aurait pu provoquer une faiblesse de capacité de financement auprès des banques. Les actionnaire m’ont fait confiance et ont foncé, avec moi, pour que le travail de redressement d’EAS continue. Pendant toute cette période, j’étais rémunéré via mon entreprise RGR Conseil, une Société par Actions Simplifiées Unipersonnelle (SASU), qui travaillait notamment avec EAS, entreprise à laquelle je facturais des honoraires de conseils. Depuis mon élection en tant que parlementaire, je n’ai plus jamais perçu aucune rétribution d’EAS, ni d’aucune autre entreprise. J’étais dirigeant bénévole d’EAS pour le reste de l’activité. Les heures que j’y ai passé étaient considérables. Je l’ai fait avec beaucoup de foi, beaucoup de conviction, entouré par une équipe pleine d’entrain, très forte, dont je suis admiratif. Nous avons réussi, avec les cadres, à retourner EAS. Les membres de cette équipe sont devenus pour la plupart des amis que j’ai beaucoup de plaisir à revoir, tant les épreuves que nous avons surmontées ensemble ont été dures.

Sans cela, EAS aurait rejoint les poupées Bella et les conserves Murville dans le cimetière industriel départemental ?

Oui. Je me suis alerté pour notre territoire, qui avait déjà perdu Bella, la principale industrie européenne de la poupée, en 1984. Nous avons aussi perdu l’industrie de la conserverie en laissant partir l’activité. Chez EAS, sans le tour de table de 2014 et ma crédibilité mise dans la balance pour que les actionnaires suivent, il n’y aurait pas eu de reprise de l’entreprise. Je n’étais pas seul, une équipe de cadres m’a suivi et a fourni de l’énergie. Au passage, j’ai compris à quel point la culture d’entreprise est malmenée en France. On évite le risque, à l’inverse de pays comme les Etats-Unis, où l’échec passé est la garantie que l’on a vécu, que l’on connaît l’adversité et que l’on est digne de confiance. La France a besoin de cette culture du risque, cet esprit de tâtonnement et de respect des chefs d’entreprises, même en difficulté. J’ai aussi appris le manque de sommeil, lorsqu’on se demande comment payer les charges sociales et les salaires, comment développer l’entreprise en permanence, comment prospérer. Pendant cette période que j’ai adorée, j’ai appris combien il est compliqué de diriger une entreprise et de mener un parcours politique en même temps. Mes opposants n’ont pas hésité un seul instant à déstabiliser cette entreprise, au motif que je la dirigeais. En France, c’est un de nos problèmes, car le pays a besoin que des entrepreneurs s’occupent aussi de politique. Sinon, nous avons une classe politique composée de gens qui ne sont que des apparatchiks. Je pense qu’il faut avoir bataillé pour s’être acquitté de cotisations sociales pour comprendre l’économie et le coût du travail. Nous avons besoin d’entrepreneurs en politique mais l’écosystème fait tout pour leur compliquer la tâche.

« Grau est une girouette » sont des mots entendus par certains de vos opposants. Vérité, exagération, jalousies ?

Disons que les racontars et la rumeur sont dans la nature humaine... surtout en politique. En 2009, élu sur une liste plutôt de centre-gauche, j’ai rejoint la majorité municipale de Perpignan, de centre-droite, pour entrer dans l’action. Je souhaitais construire et non pas m’opposer car je ne fais pas de la politique pour faire carrière, j’aurais pu faire bien d’autres choses de ma vie. Non, je suis revenu ici car j’aime ce territoire et que je crois en son avenir. Je l’aime, parce que c’est le mien, et j’ai compris assez tôt que l’économie est l’enjeu majeur de ce territoire, pour qu’on s’en sorte. Il fallait dépasser les clivages pour participer aux politiques publiques et moderniser ce territoire. Il fallait oublier les discours creux et les paroles incantatoires ou politiciennes. A l’époque, l’opposition entre la Ville de Perpignan et le Conseil général présidé par Christian Bourquin était aussi violente que stérile. Moi-même, estampillé à gauche, j’ai franchi le Rubicon en ralliant le maire Jean-Paul Alduy, qui dirigeait une agglomération où il fait la synthèse entre des maires de droite et de gauche. Dès ce moment, à la mairie, j’ai appris à connaître la majorité, j’ai jugé sur pièces, et à l’agglomération, j’ai pris plaisir à agir pour l’économie.

Si vous divergez de Jean-Marc Pujol, c’est plus qu’une querelle d’hommes ?

Je ne pense pas qu’une rivalité masculine soit le fond de nos divergences. Depuis 2017, je ne suis pas d’accord avec plusieurs axes qu’il défend. je ne suis pas d’accord avec la politique de stationnement, la rénovation du théâtre municipal, la rénovation urbaine à Saint-Jacques… une concertation étrange, beaucoup de travaux dont on ne comprend pas la cohérence. Combien de fois m’a-t’on fait part, dans la rue, du fait que le commerce chutait et que les stratégies de sauvetage échouaient ? Il devenait difficile, au regard de la souffrance exprimée par nos habitants, d’assumer le soutien à J.M. Pujol.

Jean-Marc Pujol a porté le gilet jaune le 12 janvier 2019, cela vous a effaré ?

Je dirai « surpris », car une chose est d’écouter les gilets jaunes, ce que j’ai fait, mais porter le gilet jaune, c’est soutenir un mouvement, le jour même où des violences de produisent dans Perpignan. Avec J.M. Pujol, nous sommes donc aussi éloignés sur les grands thèmes de la politique nationale. Et pourtant, cet homme se voulait Macron-compatible, tout en soutenant un mouvement fondé sur l’anti-Macron. Aux élections européennes, lorsque j’ai vu que sa directrice de cabinet figurait sur la liste européenne de François-Xavier Bellamy et qu’il soutenait cette liste alors que de nombreux maires de centre-droit appelaient à voter pour la liste « Renaissance » de la République en Marche, notre éloignement politique n’a pu qu’en être la conséquence. La Macron-compatibilité en l’occurrence était un attrape-nigauds.

Auparavant, vous devenez conseiller départemental…

En 2015, je suis élu conseiller départemental en binôme avec celle qui est devenue ma grande amie politique Isabelle de Noëll-Marchesan : quelqu’un d’honnête, à l’écoute de la population, quelqu’un de rigoureux, avec lequel je me suis retrouvé sur une communauté de vues, là où d’autres voulaient nous opposer. Puis en 2016 arrive la période des primaires. Je suis un centriste. Je soutiens naturellement la candidature d’Alain Juppé. Je deviens son référent dans les Pyrénées-Orientales et Isabelle devient son porte-parole. Auparavant, déjà, Alain Juppé me poussait à la candidature aux législatives sur la 1e circonscription, mais les Républicains refusent, au seul motif que j’étais juppéiste.

Et là, le miracle Macron !

Si vous voulez. Disons que l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, suite à la victoire du 7 mai 2017, a modifié la donne. J’ai fait l’ENA avec le Président, nous sommes en empathie et en amitié, je suis admirateur de son énergie et de sa capacité à prendre du risque. J’ai eu beaucoup de plaisir à le voir gagner, car je pense que cet homme porte en lui les germes d’une renaissance française. Ils nous aide à retrouver l’art d’être français, il porte en lui des valeurs que je partage depuis le début, comme un libéralisme économique tempéré, le besoin de politiques sociales portées à la fois par la générosité et la responsabilité. Il défend une vision pro-européenne très forte et une volonté de sortir des clivages habituels entre la droite et la gauche auquel nous avons dû obéir si longtemps. A la présidentielle, c’était toujours la même chose : la gauche démarrait sa campagne très à gauche et la finissait au centre, la droite commençait très à droite pour terminer aussi au centre. Au final, le gagnant gouvernait au centre. Il y avait donc tromperie sur la marchandise, avec un jeu de théâtre permanent dont les électeurs étaient les dindons de la farce. Je voue donc une grande admiration envers le projet présidentiel de faire avancer la France sans diviser. J’ai été investi par la République en Marche au printemps 2017, puis j’ai été élu en juin et j’accompli mon mandat avec un grand plaisir, car ce gouvernement affronte profondément les problèmes du pays. En deux ans et demi, nous avons conduit beaucoup de réformes. Sur le plan économique, nous avons baissé les cotisations sociales, qui étaient un frein à l’emploi, nous avons modernisé le droit du travail, également pour libérer le travail. Sur le plan scolaire nous avons organisé le dédoublement des classes de CP et de CE1 pour faire reculer l’illettrisme. Nous avons aussi augmenter le nombre de policiers et de gendarmes.

Côté matrimonial, vous êtes marié à Laurence Legrand, née en 1975, diplômée de Science PO, magistrate depuis 2001. Votre femme est aussi d’extraction rurale ?

Non, mon épouse est Parisienne. Nous nous sommes rencontrés à Paris et nous vivons avec nos deux enfants à Perpignan, entre le coeur de ville et le Moulin à vent. Il y a 10 ans, en 2009, nous avons fait le choix de vivre à cent pour cent dans la ville qui est la mienne, ce que Laurence a accepté de bonne grâce. Mon épouse est vice-présidente au tribunal de grande instance de Narbonne, après avoir été juge au tribunal de grande instance de Paris et vice-présidente auprès du premier président de la cour d'appel de Montpellier.

Jusqu’où êtes-vous catholique ?

Je suis catholique. J’ai tenu à élever mes enfants dans cette foi, que je porte dans la discrétion de mon foyer familial même si les valeurs que m’ont enseigné cette foi guident mes pas d’homme. Je suis de la génération Jean-Paul II. J’ai admiré le charisme, la force et l’optimisme de cet homme. Il a réussi à fissurer le rideau de fer mieux que tout autre homme politique. Il a porté un message de liberté et d’amour qui m’a énormément inspiré. Ce message m’a d’autant plus inspiré qu’il a été un message de force et d’énergie. La fin de sa vie nous a aussi enseigné que la maladie et la vieillesse doivent être prises en compte dans une société qui n’aime pas parler de ça. Je retiens de ce grand homme son sourire, dans les années 1980, et ses discours devant des centaines de milliers de personnes. Mais attention, je vous parle de ma vie privée. Parce que, tout en étant catholique, je suis très attaché à la laïcité. La religion est un sujet très personnel. L’homme politique que je suis est exigeant sur ce sujet. Cette exigence est à mes yeux d’autant plus essentielle que Perpignan est une ville plurielle et qu’elle tire sa force de cette diversité. Dans les années à venir, il va toutefois nous falloir retracer les chemins de la fraternité.

Entretien Martin Casals