SOCIÉTÉ

Indignation sur le projet de transformation du théâtre municipal de Perpignan

Les critiques au projet d’affectation universitaire se multiplient

Le théâtre municipal de Perpignan, enjeu électoral
Le théâtre municipal de Perpignan, enjeu électoral

La transformation du Théâtre municipal de Perpignan, âgé de de 207 ans, en salle de cours de l’Université, indigne de plus en plus. Ce projet porté par la mairie dirigée, par Jean-Marc Pujol, induirait des modifications irréversibles.

Le destin du théâtre municipal de Perpignan échauffe les esprits à un an des élections municipales. Ce lieu a fait les grandes heures de la créativité territoriale en recevant des centaines d’artistes depuis son inauguration, en 1812. Bâti sur l'emplacement de l'ancien collège des jésuites, qui avait succédé à la cité médiévale, il est objectivement déclassé depuis l’avènement du Théâtre de l’Archipel en octobre 2011. Ce lieu, qui a reçu le nom du poète Jordi Pere Cerdà en 2016, est visé depuis 2017 par un projet municipal de transformation, chiffré à 1,3 million d'euros. Sa grande salle, apte à recevoir 549 personnes assises, doit devenir un amphithéâtre accueillant des étudiants de l'Université. Sa salle Jean Cocteau, au deuxième étage, d'une capacité de 180 personnes debout, doit aussi être transformée.


Alduy et Oui au Pays Catalan sont révoltés

Jean-Paul Alduy, ancien maire de Perpignan et artisan du projet de Théâtre de l’Archipel, Jean-Paul Alduy n’aime pas la mutation du théâtre ancien en amphithéâtre. « Je sais d’expérience la complexité et la fragilité de notre vieux théâtre construit il y a plus de deux siècles. Les travaux seront coûteux et le chantier plein de surprises pour, in fine, déboucher sur un amphithéâtre médiocre et un théâtre avili (...) supprimer la salle Jean Cocteau c’est asphyxier la vie sociale autour ». Opposée aux visées du maire, Jean-Marc Pujol, cette prise de position communiquée le 7 mars signale que les hostilités envers l’Hôtel de Ville sont désormais ouvertes, autour de ce sujet architectural, économique et social, dans un contexte d’appauvrissement du centre-ville et d’assèchement commercial. Pour sa part, le parti Oui au Pays Catalan dénonce une « dénaturation par la municipalité » du théâtre, qui appartient « à notre patrimoine et à notre tradition culturelle ». La formation décentraliste et centriste fustige la municipalité, qu’elle voit mener « sans concertation une politique urbanistique et patrimoniale agressive, irresponsable, antidémocratique ».

Une campagne pour «stopper l’agonie»

Perspicace et documentée, l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Artistique et Historique Roussillonnais (ASPAHR) se fait entendre dès la mi-2017 sur ce sujet polémique. Pour « stopper l’agonie » du théâtre municipal. Elle a lancé une pétition intitulée « Non au saccage du théâtre municipal de Perpignan », adressée à Jean-Marc Pujol, et rappelle que le bâtiment est classé en catégorie 5 au « Plan de sauvegarde et de mise en valeur » (PSMV). Sa restauration et ses aménagements doivent « tenir compte de son histoire et de son état d'origine », selon le PSMV, dispositif créé en 1962 par André Malraux. Contre ce projet sans agrément du ministère de la Culture, l’ASPAHR dénonce : « Les six loges donnant sur la scène vont être neutralisées pour faire passer des gaines de climatisation (...) le plancher (...) va être remplacé par une dalle en béton armé » et la salle Cocteau sera « transformée en sarcophage ».