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SOCIÉTÉ

Il y a 80 ans, les camps de concentration du Roussillon

En 1939, la gauche française jouait à l'extrême droite

Camp d'Argelès-sur-Mer, février 1939 © Arxiu La Clau
Camp d'Argelès-sur-Mer, février 1939 © Arxiu La Clau
L'avènement du régime franquiste fait naturellement partie de l'Histoire d'Espagne, mais la « Retirada », en France, des exilés républicains espagnols, fait partie de l'Histoire de France. Dimanche 3 février 2019 est la date anniversaire des 80 ans de l'ouverture du camp de concentration d'Argelès-sur-Mer, mais cette date est exclue de la mémoire officielle française.
Janvier et février 2019 sont l'occasion de commémorer une période dissimulée au sein de l'Histoire de France. L'exil des républicains, principalement sud-catalans, après la chute de Barcelone sous le totalitarisme du général espagnol Francisco, Franco, le 26 janvier 1939, est le point de départ de cette période. Bien que récents, ces faits restent marginalisés par l'esprit français, à l'École ou à la télévision. De nombreuses dates, rappelée par leur anniversaire, restent significatives de la fin de la Guerre d'Espagne et de la montée des extrêmes-droites précédant la Seconde guerre mondiale. Ainsi, ce dimanche 3 février 2019 correspond à la date de l'ouverture du camp de concentration aménagé sur la plage d'Argelès- sur-Mer par le gouvernement français. Le 4 février, la chute de Girona accélérait les flux de personnes gagnant le territoire français, par la Catalogne du Nord, une déferlante de 470 000 réfugiés estimés, du 28 janvier au 13 février.

La gauche prônait la préférence nationale

La France était alors dirigée par le Président du Conseil Edouard Daladier, membre du Parti Radical et ancien ministre de la Défense dans le gouvernement du Front populaire, de 1936 à 1937. Organisant ce Vichy avant l'heure, la gauche française avait promulgué dès le 2 mai 1938 un décret-loi réservant l'emploi aux travailleurs français. Le 12 novembre, cette mesure avait été complétée par un autre décret-loi stipulant l’internement des« indésirables étrangers ». Le 18 novembre, une loi permettait l’internement « de tout individu, français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». La République Française, redoutant les juifs d'Europe centrale et les personnes fuyant l'Espagne, a globalement effacé cet épisode par le le fracas de la guerre mondiale et le tourisme qui allait advenir, selon un principe de mémoire officielle sélective. En Pays Catalan, les inondations d'octobre 1940 se sont ajoutées au processus.

En 1999, la « Retirada » est sortie du placard sous forme de concerts à Perpignan, dans la salle municipale du Médiator. 20 ans plus tard, le 80e anniversaire gêne, mais fait l'objet d'une mise en chapelet d'événements à Collioure, Argelès-sur-Mer, Port-Vendres ou encore Elne. Les camps de concentration, selon les mots exacts de l'époque, sont cependant adoucis en camps d'« internement » ou de « rétention » voire de « séjour », sur des lieux devenus, à Saint-Cyprien, Argelès ou le Barcarès, des camps de vacances.
Cap al camp d'Argelers de la Marenda, febrer del 1939 © Arxiu La Clau Platja dels pins d'Argelers platja, lloc del camp de concentració © CC BY-SA 4.0