SOCIÉTÉ

Perpignan: la campagne municipale de 2020 débute sur des ruines

Les démolitions du quartier Saint-Jacques suscitent des prises de position politiques

La démolition de la discorde, quartier Saint-Jacques, Perpignan, 2 août 2018 © La Clau
La démolition de la discorde, quartier Saint-Jacques, Perpignan, 2 août 2018 © La Clau
A Perpignan, une partir de la population gitane s'oppose à un volet du Plan national de rénovation urbaine (PNRU) engagé par l'Etat. Le candidat « En Marche » aux municipales, Romain Grau, soutient cette fronde. Le candidat « Les Républicains », Olivier Amiel, défend la stratégie municipale, dont la carence de concertation est révélée.
La polémique créée à Perpignan par la démolition d'immeubles au quartier Saint-Jacques annonce les élections municipales de 2020. Dans le cadre du Plan national de rénovation urbaine (PNRU), 12 logements dans l'ancien call, quartier juif de la ville, ont été mis à bas. Mais ce plan a été arrêté vendredi 27 juillet par une centaine d'habitants gitans, effrayés par la disparition de lieux de vie, dans le secteur de la rue de l'anguille et de la rue d'en Calce, côté Nord de la place du Puig. Le maire, Jean-Marc Pujol, membre des Républicains, souhaite éliminer 483 logements jusqu'en 2024, soit 24 îlots du quartier. Il vise 40% d'appartements vides et la construction de 92 logements sociaux, 92 logements libres et 52 logements conventionnés. Mais les Gitans du secteur redoutent des loyers plus chers, qui les chasseront de leur implantation ancestrale.

Le discours de la méthode

Le PNRU doit « requalifier plus de 500 quartiers partout en France et apporter une réponse à 4 millions d’habitants (...) où les conditions de vie » sont « particulièrement difficiles ». Mais l'idée technocratique de l'Etat relayée par l'hôtel de ville échoue dans la méthode, car l'enracinement gitan produit un déchirement. Samedi 28 juillet, le député centriste Romain Grau, membre d'En Marche et ancien premier adjoint de M. Pujol, a réconforté la population ébranlée. L'empathie du parlementaire, candidat déclaré aux élections municipales de 2020, agace son concurrent Républicain au même scrutin, Olivier Amiel, qui l'accuse d'avoir pu « bloquer le chantier de résorption de l’habitat insalubre ». Lundi 30 juillet, la préfecture des Pyrénées-Orientales a reçu une délégation de riverains jaumets, avant l'annonce du gel des démolitions. Romain Grau affirmait « il n’y a pas de rénovation réussie contre l’avis des habitants du quartier. Je constate que la concertation n’a pas été considérée comme suffisante par les habitants ».Le 1er août, la fédération des Républicains des Pyrénées-Orientales titrait un communiqué « Jusqu'où ira le Député opportuniste Romain Grau ? ». Elle voyait même le député « inciter la population à l'émeute » et « mettre à mal la majorité de Jean-Marc Pujol ». De son côté, jeudi 2 août, le groupe communiste du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales a dénoncé « l’absence d’une réelle concertation » et exigé que les habitants soient « respectés et associés aux décisions qui les concernent ».

La théorie d'Etat, face au réel du terrain

Prochainement, des réunions de concertation sur le quartier Saint-Jacques instaureront une démocratie de proximité. Or, la rénovation urbaine, hautement républicaine, élude donc l'identité gitane, indissociable du secteur. Pour 2020, dans une ville éclatée comme l'est devenue Perpignan, la bataille peut confronter les applicateurs administratifs aux fidèles du réel. Les municipales de Perpignan se gagnant au centre depuis un demi-siècle, le député Romain Grau pourrait alors séduire la gauche modérée et la droite modérée, en suggérant une révolution de velours, plus qu'une stratégie à la hussarde.