SOCIÉTÉ

Laïques contre identitaires : des croix catholiques sciées en Pays Catalan

Réactions du sénateur François Calvet et de l'évêque de Perpignan-Elne, Mgr Turini

Croix catholique du pic du Canigó © RPS
Croix catholique du pic du Canigó © RPS
Les croix implantées en haut du Pic Carlit et en haut du Cambre d’Aze ont été sciées et jetées dans le vide. Une bataille entre militants laïques et partisans d'une culture catholique partagée s'ouvre en Pays Catalan.
Dernièrement, en Pays Catalan, les croix catholiques situées aux sommets du Pïc du Carlit, point culminant du territoire, et du Cambre d’Aze, ont été sciées et jetées. Mais la croix du pic du Canigó est intacte. Le ou les auteurs de ces actes de vandalisme restent inconnus, mais les réactions se multiplient. Le sénateur François Calvet, membre des Républicains, a condamné ces dégradations, par communiqué, le 27 juillet. Le parlementaire de droite, attaché à des éléments qui représentent « pour nous Catalans (...) une tradition, une culture », se déclare choqué « que l’on puisse remettre en cause, au nom de la laïcité et de la loi de 1905, l’installation de croix sur des lieux emblématiques de nos Pyrénées ». Le 26 juillet, l'évêque du diocèse de Perpignan-Elne, Monseigneur Turini, plaidait aussi la valeur culturelle et pas seulement pieuse :  « il y a des croyants mais aussi des incroyants qui s’associent à la pose de ces croix ». Il ajoutait : « Je connais de fervents défenseurs de la laïcité qui n’hésitent pas pour la saint Jean-Baptiste à apporter leurs fagots de bois à la Croix du Canigou plantée en 1943. Sont-ils en contradiction avec leurs principes ? Je pense qu’ils ne se posent même pas la question, parce que c’est une tradition qui fait partie de leur culture ».

Des croix installées en 2015

Tandis que la croix du Canigó a été installée lors du régime de Vichy, lorsque le pic avait revêtu le nom officiel de « Pic Pétain », les nouvelles croix de nos sommets ont été financées et fixées en 2015 par les militaires du Centre national d’entraînement commando (CNEC), avec l'aval du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, du Parc naturel des Pyrénées Catalanes et des municipalités concernées, soit Angoustrine-Villeneuve-les-Escaldes pour la croix du Carlit, et Saint-Pierre-dels-Forcats pour celle du Cambre d’Aze. Il s'agissait d'une entorse aux valeurs de la laïcité, sujettes à interprétations lorsqu'elles renvoient à une tradition commune, à l'exemple des crèches de Noël présentes dans les lieux publics du territoire français. La même année 2015, visiblement portée par une tendance au rappel de la crucifixion du Christ, une entreprise de Prades lançait un bijou dénommé « Croix du Canigou ». Contre cette installation, le photographie Georges Bartoli, engagé à gauche, avait saisi en vain le préfet des Pyrénées-Orientales, Philippe Vignes. Entre l'évidence identitaire du territoire, l'affirmation catholique contemporaine et le fondamentalisme laïque, le débat engagé accumule les paradoxes et les efforts. En effet, des moyens ont été déployés en 2015 pour installer les croix, en utilisant un hélicoptère et en fabricant du béton sur place. A l'identique, d'autres efforts ont été déployés pour supprimer ces signaux.