POLITIQUE

La Catalogne vers un nouveau clash politique

Puigdemont renonce, Rajoy avertit, l'indépendantisme progresse

Carles Puigdemont, ex-Président du gouvernement catalan © NPC
Carles Puigdemont, ex-Président du gouvernement catalan © NPC
Les événements s'accélèrent autour de la gouvernance de la Catalogne, car l'ex-Président catalan Carles Puigdemont désigne un successeur, en la personne de Joaquim Torra. Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, menace de reconduire la tutelle administrative et politique de Madrid, pendant que le sentiment indépendantiste catalane se hisse à 48 %.
L'actualité politique de la Catalogne du Sud s'accélère suite à la décision du président destitué, Carles Puigdemont. Jeudi 10 mai, depuis son exil berlinois, l'ancien maire de Girona a renoncé à briguer la présidence du gouvernement catalan, la Generalitat de Catalunya, institution multiséculaire fondée en 1359. Près de cinq mois après le scrutin du 21 décembre remporté par le bloc indépendantiste, Puigdemont a choisi Joaquim Torra pour successeur, à investir ce lundi 14 mai. Editeur et ex-président de la puissante association socio-culturelle Òmnium, celui-ci devrait être validé par les 70 députés souverainistes du Parlement catalan, composé de 135 sièges. Au deuxième tour du scrutin au Parlement catalan, il devrait bénéficier de l’abstention des quatre députés marxistes-léninistes des Candidatures d’Unité Populair (CUP). Le futur gouvernement catalan devrait respecter le mandat issu du 1er octobre 2017, interdit par Madrid mais conclu par un « oui » à la création d'un Etat catalan. Préalablement est prévu « plan de restauration » du gouvernement catalan, selon les mots de M. Torra.

Les menaces de Mariano Rajoy

Le Président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, défie déjà le futur gouvernement catalan, car prolonger l'action engagée par Carles Puigdemont vers une République catalane reproduirait le scénario des derniers mois. Vendredi 11 mai, le dirigeant madrilène a averti : « l'article 155 n'est pas seulement un article de la Constitution, c'est un précédent (...) pour répondre au défi, il nous renforce pour l'avenir », en allusion à l'actuelle tutelle de la Catalogne. L'élection de Joaquim Torra, à l'identique de la présidence Puigdemont, induirait ainsi une dure réprimande de l'Etat espagnol, un nouveau clash politique au regard de la détermination des deux parties. M. Rajoy invite l'indépendantisme à « respecter la loi », mais le mandat issu des urnes signifie désobéir à la loi espagnole, puisqu'il stipule l'avènement d'une République.

L'électorat indépendantiste progresse

Le chaos politique et les péripéties observées depuis 2017 auraient pu réduire le souverainisme populaire, mais au contraire, ce sentiment progresse. L'indépendantisme catalan conserverait la majorité absolue au Parlement catalan en cas de nouvelles élections. Un sondage publié ce 11 mai indique une fourchette de 70 à 75 sièges pour le bloc souverainiste, dont la composante CUP évoluerait de 4 députés aux dernières élections à un groupe de 11. Cette étude réalisée par le Centre d'Etudes et d'Opinions (CEO) du gouvernement catalan place le parti espagnoliste Ciudadanos en première position, avec 33 à 34 députés contre 36. Un autre sondage également produit par le CEO précise que 48 % des électeurs sud-catalans approuvent l'indépendance, contre 40,8 % en février dernier. 43,7 % des personnes interrogées refusent cette possibilité et 5,7% n'ont pas d'opinion sur la question.
El possible futur president de la Generalitat de Catalunya, Joaquim Torra © Junts per Catalunya