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Il y a de nombreuses nuances dans ce que l’on appelle le « photojournalisme ». Des foules de reporters se focalisent sur l’actualité, l’événement. Ils cherchent à témoigner du monde en train d’évoluer, de souffrir la plupart du temps. Ces photographes créent des images d’événements, des convulsions de l’humanité, ici ou là, sur le globe. D’un autre côté, certains photographes cherchent plutôt à stigmatiser les caractères profonds du genre humain. L’événement, l’immédiat, leur importent peu. La photo qu’ils construisent avec le monde pour sujet est à chaque fois le miroir d’attitudes qu’ils relèvent chez nos congénères. Ce type de photographie, que l’on peut sans doute encore appeler « reportage », a été pratiquée par quelques monstres sacrés de la photographie d’après-guerre : Helmut Newton, Elliot Erwitt, Raymond Depardon., etc. Tous, dans un genre différent (la mode, la rue, le milieu rural), ont cherché à construire des photographies plongeant dans la durée et les méandres de la psyché humaine, aux antipodes de l’actualité.

Où êtes-vous Mr Klein ?

William Klein est un de ceux-là. Eclectique, il touche aussi bien à la photographie qu’au cinéma ou la peinture (il a été formé dans l’atelier du Français Fernand Léger). A plus de 80 ans, il a derrière lui une œuvre immense. Klein est célèbre pour sa série de « Contacts » agrandis et peints. Ces photographies grand format montrent d’une part le négatif, quasi-brut comme une photo, et de l’autre, à la peinture rouge, l’intervention de l’auteur dans ses choix ou ses recadrages. Ces photos deviennent d’ailleurs des quasi-peintures, à la manière de certaines images d’Araki. On pense à ces nombreuses interventions possibles en photographie argentique, dont personne ne s’est privé pendant cinquante ans, qui aujourd’hui, à l’ère de Photoshop, ont créé la polémique du festival Visa pour l’Image de Perpignan. La retouche photographique a une longue histoire, et Klein l’a largement mise en évidence dans ses séries de contacts.

Contacts

« Contacts » est le nom de la série culte de petits films dont Klein est à l’origine avec Robert Delpire, et que la chaîne Arte diffuse en DVD. Dans celui qu’il a réalisé sur son propre travail, Klein rappelle que ce que l’on retient d’un photographe, au mieux une centaine de clichés, représente à peine une seconde de temps d’exposition, une seconde de sa vie, ce qui laisse rêveur… Il y met aussi en évidence l’étape du choix et de l’adaptation d’une photographie plutôt qu’une autre, dans la série d’une pellicule, montrant que le travail du photographe réside autant après la prise de vue qu’avant.

Quatre villes d’après-guerre

Les quatre séries montrées cette année par Visa pour l’image sont sans doute le point de rencontre le plus évident entre le festival et le photographe. Il s’agit de photographies prises à New York, Tokyo, Moscou et Rome, dans la rue. Les clichés sont aujourd’hui devenus des icônes d’une autre époque. On se laisse pourtant, aujourd’hui encore, surprendre par les images de danseurs dans les rues de Ginza, à Tokyo : les corps désarticulés au milieu du trafic et les visages impassibles des membres de la troupe de danse font mouche.

On ne sait pas bien dans quelle mesure Klein est un grand reporter, mais ce qui est évident, c’est qu’il est un véritable monstre sacré de la photographie.

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