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Les Stooges reviennent plus de trente ans après leur dernier album studio, le légendaire « Raw Power », sorti en 1973. Ron Asheton, le guitariste, a 59 ans, Scott Asheton, le batteur, 58, et Iggy Pop, le chanteur, 60. Ils sont entourés d’un jeune de 40 ans, Mike Watts, pour un album produit, comment pourrait-t-il en être autrement, par Steve Albini, qui a façonné Nirvana. Pochette noire, très hard rock, façon Metallica ou AC/DC, le disque reprend les bases musicales bien connues du groupe, fondé en 1967 à Détroit, abandonnées au beau milieu des années 1970, avec les traditionnels problèmes de drogues et les désirs de carrière solo. Les Stooges ont une empreinte unique dans l’histoire du rock, et pas un seul groupe de guitare depuis ne peut exister sans faire partie de leurs adorateurs patentés. Question de crédibilité. Sur ce nouvel album, j’entends des riffs sauvages en boucle, mi-hard mi-punk, des charleston très en avant pour le batteur, des cris, un chant parfois faux pour Iggy en recherche d’une certaine transe… Tous les ingrédients sont là et cela fonctionnerait presque, de temps en temps. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, nous avons encore à faire à des pros.

« La fin de l’illusion d’une génération »

Est-ce bien raisonnable ? Pourquoi ce retour ? L’iguane Iggy Pop a-t-il été un jour raisonnable, lui, cette marionnette téléphonique se singeant lui-même sur nos écrans pub d’aujourd’hui. Le jeu est quelque part couru d’avance. Il est vain d’attendre des gens qu’ils redeviennent ce qu’ils ont été, comme si le temps n’existait pas. Comme si nous n’avions pas vieilli nous-mêmes, coupables, peut-être, d’avoir trop aimé ces 3 ou 4 disques d’Iggy et les Stooges, les premiers ! Que voudrions-nous en 2007, un bain de jouvence, un viagra musical ? Non, ce disque est surtout prétexte à une tournée d’un an dans le monde entier, de passage cet été au festival FIBERFIB de Benicàssin entre Tarragona et València. Peut-être plus propice à un bon moment rock entre vieux copains ? La sortie d’un tel disque, quelle que soit finalement sa qualité propre, implique la fin de l’illusion d’une génération. D’habitude, on dit « le rock est mort ». Non, c’est plutôt le constat que les Anciens ne sont plus les mieux placés pour en proposer l’avenir. Une injection de sang frais est nécessaire pour faire revivre la bête.

Références album : The Stooges, « The Weirdness » – Virgin UK – 2007.

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