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La Clau
Salvador Dalí: Parfois je crache par plaisir sur le portrait de ma mère
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La relation à la mère est un tabou particulièrement ancré dans nos inconscients. A fortiori, dans les sociétés méditerranéennes, il semble que la mère occupe un rôle tout puissant, régissant de l’intérieur la cellule familiale, y faisant régner sa loi sans partage.
Salvador Dalí est né à Figueres, où sa famille évoluait dans un milieu de notables, nourri de règles sociales. Salvador était fou amoureux de sa mère. Comme tous les petits garçons, dira-t-on, évidemment. Il est né juste après la mort de son grand frère, à l’âge de sept ans, dont il a emprunté le prénom. Naître dans ce contexte ne doit pas être facile. Perdre sa mère à l’âge de six ans non plus. Mais ce que Salvador ne digérera jamais, c’est le remariage de son père avec sa tante, la soeur de sa propre mère.

Un équilibre de la terreur

De son côté, ce que le père de Salvador n’accepte pas, c’est la carrière d’artiste de son fils. Voir celui qu’il destinait à lui succéder passer son temps d’abord à Madrid puis à Paris menant une vie de bohème ne l’enchante guère. Mais depuis cet été 1929 une nouvelle pilule a du mal à passer. Elle se prénomme Gala. Epouse du poète français Paul Eluard, elle est venue avec celui-ci, et plusieurs amis artistes et poètes, à Cadaqués, pour passer l’été. Mais Salvador ne jure plus que par elle et ne l’a pas laissée repartir. Dès lors, dans la maison familiale, règne une ambiance tendue entre la nouvelle venue et la famille Dalí. Des disputes éclatent régulièrement mais, alors que l’automne approche, un certain équilibre de la terreur semble avoir été trouvé.

Dalí, la boule à zéro

Le calme tient bon jusqu’à cet entrefilet dans le journal El Pais qui relate un succès parisien de l’artiste Salvador Dalí. Ce dernier, avec ses nouveaux amis surréalistes, explore les méandres de l’inconscient et ses tortueux recoins de culpabilité familiale. Ainsi, ce qui vaut le modeste succès au jeune Salvador est un dessin de la Basilique du Sacré Coeur de Montmartre, à Paris, au titre explicite : « Parfois je crache par plaisir sur le portrait de ma mère » (MNAM Centre Pompidou, Paris). Le père ne tient plus et, Salvador refusant de s’expliquer en quoi que ce soit, il le répudie et le déshérite. Celui-ci, en signe de bouleversement, se rase la tête.

A Cadaqués, personne ne parle aux Dalí

Mais le jeune Salvador et sa dulcinée illégitime sont bien décidés à rester à Cadaqués, où désormais, c’est le village entier qui refuse de leur adresser la parole. De là l’exil dans une crique éloignée du village, Port Lligat, où « Lídia la ben plantada » jeune veuve de pêcheur, accepte de leur louer un débarras sans confort. C’est ce débarras qui deviendra plus tard la maison extravagante à la célèbre piscine-phallus. Salvador et Gala y passeront tous leurs étés jusqu’à leur mort. Ils n’auront pas d’enfant.

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