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Grandi par un exil américain permanent, l’immense Michel Polnareff annonçait le 22 juillet à Los Angeles la préparation d’un nouvel album, probablement suivi d’un énième retour sur scène. Aucune information nouvelle n’a filtré depuis, sauf une indiscrétion concernant la future et première paternité de l’ex-beatnik né en Languedoc, annoncée en août par sa jeune compagne. A 66 ans, l’ancien provocateur des années 1960 et 1970 prépare la succession. Mais deux mondes séparent l’époque de jadis et le présent, deux civilisations, sur lesquelles reposent toutes les difficultés rencontrées par le chanteur, dont les tentatives de « retour » en France, après son départ en 1973, ont laissé un arrière-goût d’échec.

Effacé au royaume des aveugles, il a failli le devenir

Entre 1989, année de son véritable dernier album « Kama-Sutra », comportant le tube « Goodbye Marilou », et 2007, avec une étrange tournée néo-préhistorique intitulée « Ze (Re) Tour », suivie d’un nouveau départ vers sa vie réelle aux USA, Michel Polnareff n’a cessé de virevolter d’un continent à l’autre, de vérifier l’état de son aura, et de constater, depuis le changement de siècle, un statut d’icône hors du temps. Mais l’éternité, acquise de son vivant, ne peut humainement contenter le génial créateur, dépassé à domicile par une cohorte de chanteurs qui ont compensé le vide, depuis 30 ans, selon le principe du royaume des aveugles. Justement, avant de déclarer en 1995 « j’ai failli devenir aveugle », l’ancien précurseur s’est fait opérer de la cataracte en 1994, en nourrissant bien davantage la chronique people que musicale.

Le risque d’un nouvel album en 2011

Le musicien, actuellement en studio d’enregistrement, avoue « il n’y a rien de nouveau qui soit sorti depuis 15 ans (…) à part deux simples ». Ses deux titres, « Je rêve d’un monde », en 1999, et « Ophélie Flagrant des Lits », en 2006, contiennent de vraies harmonies et lignes mélodiques, sans faire le poids face au passé. Les « flagrants des lits » sont incomparables à la subtilité de « LNHO, LNAAOTCO » (Héléna a chaud, Héléna a ôté ses hauts) de 1989. L’essentiel du problème de Polnareff, longévité aidant, est d’atteindre le niveau de Polnareff. L’auto-dissolution de l’ancien androgyne, ironique à souhait, l’a rapproché du décès artistique, qui exige une réinvention intégrale. Trop intelligent pour ignorer, ou refouler cet état, le futur papa, en danger artistique depuis ses débuts en 1965, est peut-être enfin capable de retrouver sa propre continuité.

Victime du web

En 1989, dans son dernier album réel, le chanteur évoquait déjà les ancêtres des tchats Internet, sur lesquels il conversait « avec les doigts » vers le personnage de Marilou, emprunté à Gainsbourg. Pionnier sur la toile, il créait « Polnaweb.com » en 1997 et découvrait une communauté de fans. L’abolition des distances par la technologie, l’intérêt pour ce site, et le caractère solitaire de l’artiste, ont relancé les passions et motivé plusieurs retours en France. Un concert « Live at the roxy », à Los Angeles, en 1996, annonçait une série d’allers-retours entre les USA et la France, prélude à une tournée hexagonale en 2007. Après 20 ans en accordéon, accompagnés d’une diffusion radio raréfiée, le seul panthéon musical ne semble pas suffire à celui qui, en août 1970, chantait au Casino le Lydia du Barcarès. Dans sa dernière déclaration publique, en juillet, Michel Polnareff a précisé au sujet de son public « Nous sommes toujours proches, même si c’est de façon virtuelle ». Mais Facebook et Twitter n’ont aucun rapport avec la créativité.

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