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D’abord né à Cahors, le « Printemps de septembre » prend place depuis dix ans à Toulouse ainsi que dans d’autres villes et lieux, à Cahors même, mais aussi à Reims ! Chaque année, un nouveau commissaire d’exposition est invité à développer un ensemble d’expositions et d’événements en lien avec une idée cr entrale qu’il lui revient de fixer. Cette année, le commissaire choisi est Eric Mangion, directeur de la Villa Arson, école d’art et centre d’art contemporain, à Nice, associé à Isabelle de Gaudefroy, commissaire régulière des soirées nomades organisées par la Fondation Cartier, à Paris.

Dessine-moi une Art performance

L’art de la performance est un mystère parmi les mystères. Dans la performance il s’agit pour un ou plusieurs artistes de réaliser avec son corps une action ayant une profonde signification artistique. En un sens, on pourrait le faire remonter à la renaissance, voire à l’antiquité. En prenant moins de risques, c’est à la démarche des futuristes, vers 1912, qu’on peut fixer un certain point de départ de la chose, Marinetti en tête, mais aussi par exemple Valentine de Saint-Point et ses poèmes dansés, donnés à Paris. Il faudrait parler également des surréalistes, et surtout des « conférences » données par Dalí à Londres ou Paris. Mais, pour plus de sécurité et de consensus, il faut situer l’origine de l’acceptation de la performance comme art au début des années 1970, surtout avec l’exposition de Harold Szeeman « Quand les attitudes deviennent forme » (1969). Ainsi, cette année, le titre du Printemps, « Une forme pour toute action » est une référence directe à l’exposition fondatrice.

Les expositions

Que voit-on ? L’éternel problème de la performance reste son évanescence. Car s’il s’agit pour l’artiste de donner à voir une action en direct, il va de soi qu’on ne peut qu’y assister en direct. De là la proximité de l’art des performers avec le théâtre ou la musique acoustique : les enregistrements ne sont pas la chose elle même. Dès lors, nous n’avons accès, la plupart du temps, qu’à des « traces » des performances. Organisés, les artistes savent ces difficultés et jouent astucieusement de tout ce qui peut rester autour d’eux, après leur action : des décors (on en trouve à foison dans les expositions de Toulouse), des sons, des vidéos (à noter l’utilisation exclusive d’écrans cathodiques à l’ancienne, sans doute en raison de leur forme, justement), etc. Mais là où il est question d’éphémère et d’impalpable, on se trouve finalement confronté à pléthore d’objets : un vrai paradoxe. Peut-être est-ce là le sens du festival, redonnant une forme aux actions.

Les actions en forme

On revoit par exemple avec délectation les photographies de Roman Signer (Fondation écureuil, à Toulouse), assis, coiffé d’un casque de moto, laissant des pétards emporter au dessus de lui une couverture noire (« Black Cloth » 1994). On se réjouit aussi dans la salle du génial Arnaud Labelle Rojoux (Musée des Abattoirs, également à Toulouse), aux murs parsemés d’aphorismes succulents. On est enfin saisi par l’annonce sonore type hall de gare « ceci est une annonce pour vous rappeler que vous allez mourir », œuvre anonyme à la sortie des mêmes Abattoirs. De jeunes artistes aussi, comme le Montpelliérain Lucien Pelen, savent associer les actions qu’ils mènent et la forme photographique qui leur donne une matérialité. Sans doute, le festival « Le printemps de septembre » montrera à la fin, que la performance ne peut se passer des traces, desquelles pourtant elle ne cesse de vouloir se libérer.

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