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Le dépositaire légal de la marque Pink Floyd, David Gilmour, ne faisait pas partie du groupe à sa création en 1964, mais dès 1968, au moment où son génial créateur Syd Barrett pétait les plombs à coups d’acides, on le retrouve assumant discrètement des parties de guitare, puis pleinement intégré au groupe en 1969, après le départ de Barrett. Dans ses années fondamentales, des albums Ummagumma à The Wall, de 1969 à 1979, le groupe crée un son historiquement majeur au regard de l’universel et de l’histoire de la musique. Un sens du dialogue entre guitare solo et claviers précieux forme ce son, sur des lyrics, parfois rares et accessoires, qui apportent moins que Roger Waters, auteur de la plupart des succès du groupe. Mais Waters la joue perso dès 1983, les membres du groupe naviguent en solo et David Gilmour prend la relève en 1986, sans Waters, mais avec Nick Mason, batteur, avant le retour de Richard Wright en 1988. Dans cette troisième période, Pink Floyd a sorti deux albums inégaux qui froissent les fans de la période Barrett, tant les époques sont éloignées, l’espérance de vie des musiciens chanceux dépassant celle des Morisson, Joplin, Hendrix, Kobain, tous morts à 27 ans. Gilmour, le travailleur perspicace, n’a jamais lâché prise et a sorti en 2006 son dernier album solo, basé sur la logistique Pink Floyd, par ailleurs reformé l’année précédente lors du concert caritatif « Live 8 » à Londres, parade forcée de vieux divorcés à l’issue de répétitions douloureuses.

Le son de Pink Floyd non labellisé

Ce « David Gilmour live in Gdańsk » sorti le 23 septembre 2008 est époustouflant de titres essentiels du Floyd, de « Speak to me », « Breath » et « Time », de l’album 73 « The dark side of the moon » à « Shine on your crazy diamond », ouverture biblique de « Wish you where here », sorti en 1975, converti en chanson et quittant dans son deuxième mouvement la forme du thème, pur et planant, auquel l’association Floyd/psychotropes doit tout. Et le style Gilmour séduit par la vieille invention de la guitare douce et précise de « The blue », tout en révélant les limites du discours acoustique d’un « The heaven », sur une mélodie téléphonée, ou à l’ennuyeux « Castellorizon », qui ouvre également l’album studio « On and island », à la manière des grands Floyd, sur le schéma naguère novateur de la nappe clavier, sexuellement titillée par des aiguilles de guitare, puis provoquée, et enfin défoncée par le reste du groupe. Agaçant et émoustillant, ce double album de David Gilmour est justement teinté ou nappé de bout en bout par Richard Wright, qui retrouve son élément dans le deuxième CD, dont 7 titres sur 8 ont été écrits par Pink Floyd, sous licence Gilmour ou pas, dont la folie de 25 minutes « Echoes », parfait résumé de la croisée des chemins de 1971. Etrange fin d’histoire pour la formation, qui ne se reformera pas, ni dans sa forme originelle ni dans ses avatars plus récents, même si l’histoire de la musique n’est pas avare de surprises.

Références album et DVD : David Gilmour, Live in Gdańsk. Columbia Records, 2008.

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