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Lorsqu’elle débarque à Paris en 1994, cette graphiste née en 1969, diplômée des Beaux-Arts de Téhéran, tombe sur la fine fleur de la BD en France : les responsables de l’éditeur alternatif l’Association, David B, et Johan Sfar qui la persuade de se raconter dans un roman graphique, nouveau courant dans le monde des bulles. Des encres en noir et blanc, très minimalistes, des situations très stylisées composent cette première bande-dessinée d’origine iranienne de l’histoire… On est loin de Donald et Mickey ! Marjane Satrapi, qui produit un volume par an, de 2000 à 2004, rapporte à travers les yeux d’une enfant la chute du Shah, la révolution islamiste, espérée, puis rejetée devant les privations liberté en particulier pour les femmes, soumises au régime des mollahs. La gamine nous transporte dans les rêves de guérison miraculeuse de sa grand-mère, et tente, au sein d’une famille unie et cultivée, de vivre une enfance heureuse, malgré tout. Il ne s’agit pas d’une vision réaliste de son époque, marquée par la guerre Iran / Irak puis le départ salvateur vers Europe, mais du témoignage affectif d’un climat historique et politique au sein duquel planent les affrontements entre individus.

Après la BD, le film, puis le CD

Portée par le succès en librairie des 4 tomes et par un prix « Alph Art », équivalent des Césars, des Goya ou des Oscars) au festival de BD d’Angoulême en 2003, Marjane Satrapi trouve un financement, de la patience et des créateurs de films d’animation, dont Vincent Paronnaud, pour raconter de nouveau son histoire. Sélectionné in extremis pour la sélection française à Cannes, le film, maintenant consacré, attire les curiosités vers l’univers BD pour adultes. Plus politiquement, cette sélection a attisé les foudres de la République Islamique d’Iran, réticente envers un long-métrage qu’elle perçoit comme « un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique ». On notera la qualité du doublage des personnages, avec les participations convaincues de Catherine Deneuve (la mère), Chiara Mastroianni (la fille) et Danièle Darrieux (la grand-mère). Mais le succès d’un film dépend beaucoup de sa bande son : le compositeur Olivier Bernet signe un véritable bijou musical, entre ambiances traditionnelles de la Perse ancestrale et, à l’image de la petite fille, une modernité orientale sensible et drôle : « Eye on the tiger », référénce Rocky, passe par là… Actuellement au cinéma, prochainement en DVD, « Persepolis » va vous refaire aimer les dessins animés, dans une nouvelle forme de récit qui n’a pas fini de nous étonner.

Références album et DVD : « Persepolis », Olivier Bernet – Virgin/Delabel – Juin 2007.