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Annoncé de longue date, le « Live at Massey Hall » est un album live de Neil Young sorti directement de ses archives personnelles. A 61 ans, le « loner » (le solitaire) représente un pan entier de l’histoire de la musique, en particulier sur la portion 1970-80, au même titre qu’Iggy Pop et ses Stooges ou Lou Reed et son Velvet Underground. Certains de ses albums, en vinyle à l’époque, bien sûr, sont rangés en bonne place dans une collection rock digne de ce nom, à Perpignan comme à Los Angeles ! Folk et mélodique, en solo ou en compagnie de Crosby Stills and Nash, électrique sauvage ou obscur dans d’autres périodes, le canadien est le papa incontesté de la vague grunge et noisy de Pearl Jam ou Nirvana dans les années 1990. Lors de son époque phare, dans un contexte artistiquement explosif et revendicatif, Neil Young ose un projet impensable aujourd’hui. Moins d’un mois après la sortie de son premier album, « After the gold rush », déjà salué par la critique, il entreprend une tournée de soixante dates à travers les Etats-Unis et le Canada, de Novembre 1970 à Février 1971. Comme le gaillard a du cran, au lieu de promotionner son disque, comme cela se fait aujourd’hui, il présente, seul sur scène, tous les soirs, au piano-guitare-voix, les chansons à peine écrites, presque encore rêvées, qu’il conçoit chaque nuit. Le résultat vient à nous, 34 chansons sur en deux CD.

« Une authenticité sans calcul, une prise de risque totale »

« J’ai écrit tellement de nouvelles chansons que je ne pense qu’à une chose : les chanter » annonce Neil Young en intro d’une chanson ce 19 janvier 1971 au Massey Hall de Toronto, sa ville natale. Ce concert, enregistré et filmé, restera pendant plus de 35 ans dans les placards de l’artiste. On y assiste à une performance en solo des plus dépouillée, minimale et unplugged, ainsi qu’à la genèse de plusieurs titres qui deviendront mythiques dans le futur album « Harvest », l’incontournable album qui sort en 1972. Harvest sera le disque le plus vendu de l’année et suscitera des milliers de vocations de guitaristes dans le monde entier. Tant par la mélodique, la voix haut perchée voire nasillarde de Neil Young, et la réalisation du son, profonde et percutante, Harvest est un album fondamental de la culture rock d’outre Atlantique. Encore aujourd’hui, les 10 titres, en version CD, étonnent l’auditeur qui les découvre. Au delà de l’anecdote, ce document audio et vidéo nous montre un processus de création musicale en direct, une authenticité sans calcul, une prise de risque totale. Ce principe de l’improvisation, proche d’une méthode jazz, montre la voie d’une véritable démarche d’artiste évoluant en toute indépendance. Malgré le temps passé, n’est-t-il pas intéressant de s’inspirer d’une telle démarche pour créer de la musique aujourd’hui. Peut-on renouer avec le vrai spontané (pas le surfait) ou est-ce déjà foutu ?

Références album et DVD : Neil Young, « Live at Massey Hall » – Warner Bros.

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