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Le chanteur Nilco, né Nicolas en 1977 à Perpignan, étonne dans sa prosodie collée sur des rythmes soul et blues, avec piano sud-américain ou jazz qui devient disco-funk. Cet artiste à la voix parfois proche d’un Sinclair, de FFF, d’un Mathieu Chédid voire d’un Jeff Buckley, signe un album d’une maturité étourdissante, frivole et profond. Nilco manie la dérision et se fout de ses racines tellement il les connaît, en se déclarant « Catalano-Antillais » ou « Occitano-Vietnamien », Indien aussi. Si 14 ans de piano font de l’artiste un lettré, cet album à textes, qui surprend toutes les 30 secondes par son foisonnement instrumental, peut être commercialement victime de sa richesse. Trop de qualités nuiraient alors à la digestion.


La Clau : Tu es un enfant de la Casa Musicale de Perpignan… Comment est né cet album ?

Nilco : Après une première maquette guitare-voix en 2004, j’ai pris le temps de rencontrer des musiciens, tous d’ici, comme la violoniste Aude Massat ou le trompettiste Renaud Gensane, et les prises de son ont été réalisées à la Casa Musicale, en septembre 2007, puis l’ensemble à mûri tout au long de 2008. Le disque est sorti fin décembre, mixé par Raphaël Dumas. Mon objectif n’est pas de devenir star mais de conquérir un public, d’asseoir une identité artistique pour travailler hors format, en tant que pianiste. Je viens de terminer la musique d’une pièce intitulée « Les émigrés », avec la compagnie Volubilis et je travaille sur une longue poésie d’une heure, pour faire peut-être un livre-disque.

Tu détiens la veine très française du jeu de mot, style « Diplôme assis », « Les cons pétants » ou « les cons plaisants ». Ce n’est pas dépassé
?

Ce style ne se retrouve pas ou peu chez les autres les auteurs parce qu’ils n’ont pas la capacité. Des choses se perdent, un peu comme en cuisine : si les jeunes perdent les repas en famille, où l’on apprend ensemble à préparer une ollada, des nems, un poulet au gingembre, forcément… Je crois dans le choix des produits, la richesse acquise au fil du temps par ses grand-mères. Tout cela ne se perd pas si ça se travaille. Idem pour les jeux de mots, que je veux toujours sensés, sans quoi je les élimine. J’aime jouer avec les sonorités, et je suis content d’avoir placé un style de textes sur de la musique sur laquelle on ne les avait pas mis, comme le funk ou la soul, qui sont davantage réservées à l’amour.

Avec des instruments à cordes, une sacrée culture du verbe, de vraies mélodies et une production juste, pas arrogante, tu es sacrément handicapé pour réussir !

Nilco : C’est naturel pour moi, j’ai une technique d’écriture spontanée, mais tout a déjà été dit, sur l’amour, la guerre etc, et je veux rester pertinent sur les formules, mais mon deuxième souci est de ne pas tomber sur les travers des chansons qui accrochent direct à la première écoute mais fatiguent dès la troisième. Dans notre société où il faut plaire vite avant de passer au produit suivant, je reste fan d’albums que je connais depuis toujours et dans lesquels je découvre encore des choses. Plus largement, beaucoup de « fils de » se voient attribuer une sensibilité galvaudée et on assiste à une dualité entre le business de la chanson et la culture. Ce qui ferait du bien serait d’accepter que des gens pas forcément venus d’un milieu « culturel » puissent avoir une fibre intéressante et un registre riche, que des « fils de » qui ont quelques ficelles de famille mais pas de vrai talent.

Barack Obama est culturellement blanc, toi, tu t’assumes… Es-tu contraint à l’excellence ?

Il y a toujours dans l’inconscient un élan de condescendance et de supériorité, et un vieux relent colonialiste, surtout qu’avec la tête que j’ai je tombe nickel dans la case reggae, j’aurais pu y tomber. Cela demande beaucoup de travail et de recherche de faire les choses finement, oui. Actuellement, avec la Martinique et la Guadeloupe, on se rend compte qu’il y a plein de choses qui n’ont pas été pansées, mais moi, je m’appelle Nicolas, j’ai habité à Saint- Paul de Fenouillet puis Perpignan, et lorsqu’on mon père, Noir, a épousé une fille de Saint-Paul, c’était la première fois, tout le village est venu voir. Mon père est arrivé à l’âge de 3 mois à Salses, il parle catalan couramment. Moi-même, à Perpignan, j’ai toujours compris les Gitans parler mais je me suis rendu compte des différences très tard et je n’ai jamais calculé que j’avais une couleur de peau. J’ai juste un peu plus de mélanine que toi…

Nilco, « SensMesOndesDeDisque ». Marendadisc, 2008/2009. Distribution FNAC.

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