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L’épreuve du deuxième album reste une complication pour les artistes, même si notre époque fait exploser l’idée même de l’album, morcelé en titres à télécharger pour 0,99 euro. Après le succès phénoménal de son premier album, Mika affronte la sévérité de ses fans et de la critique, sur un album enregistré entre Londres et Los Angeles, partiellement griffé par le concepteur sonore Seawind Horns, reconnu pour sa participation aux albumq Off The Wall et surtout Thriller, de feu Jackson. « The boy who knew too much » contient des clins d’œil aux années 1940 de la maison Walt Disney (Toyboy), modernise le power-pop des années 1980 (Touches You), fait siens les accents disco (Rain) ou bascule dans la mélancolie avec introspection (Dr John). Ce nouveau Mika, que l’artiste a composé, pour partie, d’abord seul au piano dans une chambre d’hôtel, semble pouvoir affronter le présent et une partie de l’avenir, parce qu’il cristallise les maux du temps, pour une jeunesse occidentale en cours d’absolue globalisation, y compris dans ses problématiques. A l’inverse d’une salve inaugurale consacrée à l’enfance, empreinte d’innocence, ce nouvel album se déroule 10 ans après l’adolescence, lorsque les expériences de vie, voire de sexe et de substances illicites, comportent encore quelque chose de nouveau. Pour le coup, ce deuxième opus accompagnerait simplement la maturité du jeune homme, qui vient de fête ses 26 ans.

Mika invite à se « perdre dans son monde »

Séparé du personnage narrateur de « Life in cartoon motion », l’artiste, qui se veut intégral lorsqu’il déclare « Tout est contenu dans mes chansons, composer est pour moi une manière de me mettre à jour avec moi-même », écrit désormais à la première personne, passé l’effroi du regard sur lui-même. Il en ressort une expressivité moins surfaite et esthétiquement trop parfaite, quelques avancées dans l’obscurité du personnage, enfin seul face à sa création, une fois estompés les effets trompeurs de son rapide succès. Cet album est bien une figure de pro, celle d’un garçon pas comme les autres, arrivé en studio tous les jours dès 10h du matin, puis installé, pour la pause, dans le même restaurant, avant de reprendre la séance et de se retrouver tous les soirs dans le même club, à 19h. De la ferveur juvénile directement à la routine de préretraité ? Plus sûrement, il s’agit d’une preuve supplémentaire de l’extrême froideur manifestée par ceux qui font le job, conscients que le sourire et la fête sont un business comme un autre, et le font mieux que les autres. Pire, Mika, qui tient à rester seul maître du résultat final, oblige son entourage, musiciens, producteurs et sound designers, à « s’immerger dans son monde de manière exclusive » et à se « perdre dans ce monde » qu’il imagine.

Mika en concert à Barcelone, Palau Sant Jordi, le 18 avril 2010.

Album « The boy who knew too much », (Casablanca Records/Universal), septembre 2009.

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