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Dans l’imagerie musicale du rock et de la soul music, les Anglo-Saxons mettent en avant les alcools issus de leur production agricole, comme la bière, le whisky ou l’incontournable bourbon. Le vin est absent, en dehors de quelques incursions chez Chet Baker ou Miles Davis pour le jazz, ou chez quelques bluesmen de la Louisiane. Dans les années 1960, seuls quelques esthètes, déjà, outre atlantique, associaient au vin l’image du luxe et de moments propices aux confidences et à la séduction. En revanche, en chanson francophone, du comique troupier en passant par les guinguettes, les Piaf, Brassens, Boris Vian, Brel, Léo Ferré et même Coluche, ont raconté leur rapport au breuvage. Parfois associées à la surconsommation, à la déchéance, à la fantaisie aussi, leurs chansons parlent surtout de tourments de l’âme et de petits malheurs. Mais c’est dans les années 1980 que le vin devient branchouille en territoire français. Les groupes indépendants, comme les Garçons Bouchers, Pigalle, La Mano Negra et Les Négresses Vertes, relancent la mode. La vin, aussi bien le canon que l’on offre façon apéro à des invités surprise que le grand cru que l’on sert lors d’occasions exceptionnelles, accompagné d’une bonne musique, devient synonyme de convivialité.

En 1995, le Breton Miossec débute sa carrière en chantant « Boire » !

Comment oublier le premier album de Christophe Miossec, « Boire », modèle du genre « poésie et soûlographie », héritier des Gainsbourg, Renaud et Bashung, plutôt adeptes du Ricard et de la Vodka ? Et le vin gagne encore des galons ! Depuis 2005, autour des people de Saint-Tropez et d’Ibiza, dans les milieux DJ tendance, autour du Français David Guetta, le vin rosé, Côtes de Provence en particulier, alimente la recette des plages privées de la Côte d’Azur. Léger, il est bu tout au long de la journée au bord de l’eau, sono à fond et très en rythme, par un public V.I.P., hommes et femmes, jeunes et vieux. C’est nouveau et les producteurs du cru y trouvent eur compte. Le vin rosé se produisant plus rapidement, généralement en une seule fermentation, il se vend plus vite… Ce phénomène se développe aussi en Catalogne Nord. La loi littoral et son corollaire, les cabanons de plage, favorisent aussi, dans une ambiance cool, la promotion de nos rosés qui peuvent se boire agréablement en musique, surtout quand il fait chaud. Certains Roussillonnais occupent le créneau. Mais sans dénigrer la qualité de cette production vinicole déjà riche, de nouveaux produits en gamme rosés et blancs pourraient venir étoffer une offre régionale, souvent orientée sur le rouge et les apéritifs.

Références album : Miossec, « Boire » – 1995 – Pias Recordings.