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Grace Jones a tout juste 60 ans, soit 10 de plus que Madonna, le ridicule en moins mais le point commun d’être indissociable d’une plastique, déjà déclinée en son temps sur des pochettes d’albums et des vidéos à voir aujourd’hui sur Youtube. Son dernier album, en 1989, avait clos discrètement un cycle de folie entamé par la reprise « La vie en rose », en 1977, dans un style décalé apte à plaire à la frange homo de la sphère disco. La créature Jones, laissant jouer l’imaginaire colonial des Blancs, se laissait alors modeler par le couturier français Jean-Paul Goude, comme un produit de luxe d’origine animale. En représentation permanente lors de rares interviews télé, on l’a vue aussi en femme-auto dans une pub pour Citroën : de l’image, toujours de l’image, pour la New-yorkaise d’origine jamaïcaine aux airs parfois inquiétants, née Grace Mendoza, qui a démarré en tant que mannequin dans les années 1970 et a même paradé au bras d’Andy Warhol. A son égard on n’évoque jamais aucune pensée sinon des attitudes, frasques cocaïnées, altercations télévisées et un « tempérament affreux », selon son propre aveu. Mais madame Jones travaille, surtout lorsqu’il fait noir. Pour cela elle philosophe « La nuit est un vide dans lequel je peux créer »

Un single et une vidéo à gros son déjà lâchés sur Internet

Le temps peut servir la dame, dont le dernier véritable album sorti en 1989, compilations et remixes à part, a précédé la généralisation de la musique électronique et surtout celle des technologies digitales, résumées par le monstrueux logiciel Pro Tools, qui filtre la production musicale jusqu’à créer un son spatial à partir de la plus aigrelette des voix. Mais les artifices, pères des musiques électriques depuis les années 50, ont toujours séduit Grace Jones, reparue sur scène en juin lors du très londonien Meltdown festival, invitée par Massive Attack, dont la première salve, « Blue Lines » ringardisait pour un temps la planète rock en 1991. Massive est le lien entre la Grace Jones de jadis et sa version 2008, sans âge, à la voix intacte et grossie à la souris sur le premier single « Corporate animal », déjà largement téléchargé ? La mutante a produit l’album elle-même en collaboration avec le producteur londonien Ivor Guest et le bon vieux Brian Eno, dans une enveloppe électronique, avec guitares proches de la scie sauteuse, batterie authentique et prosodie énigmatique, mi-baiser mi-poison, comme autrefois : la reste voix attirante et cannibale, et, sur un premier clip, en noir et blanc, l’artiste apparaît en déformation logicielle permanente, sans âge. L’icône des clubs des années 1980 va-t-elle tenir la route dans la décennie 2010 ? Pour l’heure, elle postule pour un duo avec Amy Winehouse, quand celle-ci sera guérie, ce qui relève aussi de l’hypothèse.

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