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Depuis le début de la colonisation européenne aux Amériques, la rumba, qui tire son nom d’un mot africain qui signifie « danser autour de son nombril », est liée aux flux migratoires. Plurielle, elle s’émancipe en Afrique de l’Ouest, avec la Rumba Zaïroise au Congo Kinshasa, aux Amériques, à partir de Cuba, et en Europe, avec la rumba catalane. C’est en 1800, à Cuba, au carrefour des cultures transatlantiques, qu’elle prend son ampleur : les travailleurs afro-cubains, anciennement esclaves, deviennent maîtres de la variante « Colombia », la plus ancienne, qui aborde le quotidien agricole. A ses côtés se trouvent la rumba Yambú, plus sensuelle, avec soliste et chœurs, et sa sœur plus populaire, le Guaguancó. Les textes abordent la vie quotidienne et populaire, et la danse, à signification érotique, est attestée en Europe méridionale dès le XVIIIe siècle ! La rumba, sous le nom de guaracha cubaine, traverse l’Atlantique, gagne le Portugal et l’Espagne, où les gitans de Séville en font la rumba flamenca. Elle gagne peu à peu la Catalogne, et, vers 1930, sous l’impulsion du gironais Xavier Cugat, surnommé « le roi de la rumba », elle s’exporte aux États-Unis et devient une danse de salon de l’actuel catalogue latino.

Un réseau Kinshasa-La Havane-Perpignan !

Quel point commun existe-t-il entre un chanteur de Kinshasa, un percussionniste de La Havane et un guitariste rumbero de Perpignan ? Sûrement le désir d’émancipation et un besoin d’exprimer le quotidien. Mais la rumba se décline en versions locales, en intégrant le « son », la salsa cubaine et même le rock. Ainsi, la Barcelone des années 1950 a vu apparaître le célèbre Peret et l’incontournable Pescailla, qui ont injecté leurs influences. En territoire français, où les stars, souvent issues de l’école de Montpellier, s’appellent Manitas de Plata et Gipsy Kings, Perpignan favorise la rumba depuis la décennie 1990 par la Casa Musicale, scène créative pour nombre d’artistes, notamment Gitans des quartiers Saint jacques et Saint Matthieu. Les formations historiques de rumba perpignanaise, Tekameli, Els Rumberos Catalans et De Sant Jaume Son, sont issues de cette période qui voit la création du festival Ida y Vuelta… Et les échanges entre les deux mondes sont allé crescendo pour culminer avec le titre Sarandonga, issu de l’union Compay Segundo / Lorenzo Hierrezuelo, devenu indispensable lors des mariages gitans ! Comme les artistes pan-africains qui, de Kingston à Londres en passant par Lagos, étaient capables de garder entre eux des liens ténus, la rumba se nourrit d’un échange trans-continental dont l’une des portes se trouve à Perpignan.

Références album : Wendo Kolosoy On The Rumba River. Marabi / Harmonia Mundi – 2007. Hyacinthe Domenach | 23.02.08

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