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I l existe encore des niches à rencontres, loin des circuits habituels, qui mettent en valeur les ambiances subtiles du jazz. Comment éviter ce mini concert à l’ermitage de Consolation, à Collioure, par un superbe et lumineux dimanche d‘hiver 2008 ? La Clau y a rencontré la chanteuse américaine Kaye Dorian, chef de fil du jazz vocal New-Orleans, avec un look à la Janis Joplin. Pour la voir chanter encore, un arrêt s’impose dans les bars et restaurants de fronts de mer, d’Argelès à Port-Vendres, à l’approche des beaux jours : elle y chante et vend ses disques. Chou bi dou ba !

La Clau : Tu parles un français impeccable ! Bientôt le catalan ?
Kaye (K) Dorian : « Pourquoi pas ! Je passe par mal de temps ici, depuis bientôt 4 ans. La langue française me vient d’abord des origines françaises de La Nouvelle Orléans. Je l’ai apprise à l’école, et elle redevient très à la mode dans les milieux artistiques ».

Comment pourrais-tu définir ta musique ?
« Je suis très attachée au style Big Band jazz de chez moi, très cuivré et rythmé, proche des racines noires, venues d’Afrique, et présentes dans notre carnaval. Mon père, trompettiste, m’a fait découvrir ce mélange incroyable de blues, de gospel, et de funk, très énergétique. Mais la scène musicale de La Nouvelle Orléans, explosive depuis les années 1920, a été brutalisée per l’ouragan Katrina… ».

Comment l’as-tu vécu, humainement et musicalement parlant ?
« Avec ses vents à 220 km/h, la tempête des 24 et 25 Septembre 2004 a dévasté les trois quarts de la ville, en particulier le vieux quartier français et les alentours, où se trouvaient les bars, les locaux de répétitions et les studios d’enregistrement ! Le circuit musical a été totalement détruit et la plupart des musiciens sont partis aux quatre coins des Etats-Unis, ou, comme moi, à l’étranger. Aujourd’hui encore, beaucoup de problèmes ne sont pas résolus sur place : les compagnies d’assurance, l’état de Louisiane et Washington ont mal joué le jeu, peu de maisons ont été reconstruites mais les gens reviennent peu à peu ».

Que penses-tu du retour du vocal jazz féminin en Europe ?
« Oui, je connais. Des copines m’ont fait écouter des filles qui chantent le jazz comme Diana Krall ou Stacey Kent. Techniquement, tout est parfait, peut-être trop..? Il manque un grain de folie venu de la scène, car il y a peu de place à l’improvisation musicale, les instruments sont au service de la voix. Personnellement, j’ai enregistré deux albums avec, sans doute, les meilleurs musiciens du monde, dans leur style, et j’ai envie qu’on les entende ! Et puis, nous composons, car il n’est pas question pour moi, même si je les adore, de reprendre sans cesse les grands standards que tout le monde connaît. Le jazz est une culture vivante qui a toujours besoin de se renouveler ».

Références album : K Dorian – In time – 1999 Seize Tomorrow records.

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