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Révélé par ses remixes qui ont boosté les hits de Britney Spears, N.E.R.D, Frantz Ferdinand ou Fatboy Slim, ses soirées DJ’s et surtout deux singles fracassants, ce duo parisien très attendu sort son premier album sur le label Because. Le défi à relever est ambitieux car Justice semble chargé par le public, par la presse et par son staff de production, l’ex-manageur de Daft Punk en tête, de redorer le blason d’une « french touch » moribonde, qui avait fait de la France, dès 1995, l’un des plus gros fournisseurs du monde de musiques électroniques, avant de s’avérer éphémère, tous comptes faits. Souvenons-nous du jazz electro de St Germain, de pop totale de Air, et bien sûr du phénomène planétaire Daft Punk. A l’écoute, donc, de ce premier disque, on constate un grand éclectisme musical… que la médisance pourrait appeler recyclage. Le son, majestueux et puissant, laisse réellement espérer qu’une nouvelle-nouvelle vague électronique française pourrait déferler. En son comme en graphisme, les clins d’œil à l’imagerie hard rock sont persistants : pochette noire façon Metallica, quelques guitares saturées sur certaines plages. Justice frôle parfois la pop, transpire l’influence black, à travers la soul des Jackson 5 et Quincy Jones, et transcrit surtout beaucoup de références aux grandes bandes sons de films d’horreur limite gothiques, tendance Dario Argento ou John Carpenter pour les amateurs… Comme tous les albums ou presque, ce disque pas très dansant et moins percutant que les assauts précédents contient quelques bons titres par les douzes proposés, mais d’autres sont clairement anecdotiques.

Les groupes de musique électro sont à eux seuls une oeuvre d’art !

Comme tous leurs grands aînés des années 1990, Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, le duo Justice, ont parfaitement réfléchi, voire planifié, un concept sonore. Justice est un réel phénomène musical actuel qui sait parfaitement organiser la hype, en distillant très progressivement sa production. Les deux artistes qui l’animent, touche-à-tout nés en 1979 pour le premier et 1982 pour le second, ont intégré naturellement les médias type Myspace, les forums de discussion et la blogosphère en général. Leur succès provient vraisemblablement d’Internet et ses technologies de masse, qui rangent les boutiques de disques au rang des souvenirs. D’ailleurs, le groupe se situe dans une démarche de mondialisation de son travail, dans une sphère anglophone où le lieu du concert et la nationalité du groupe n’ont plus d’importance, pas plus que les avis de l’ancienne presse, qui faisait autorité voilà peu de temps. Mais si seule compte la réceptivité du public, le réel de la scène reste indispensable. Tant mieux ! Ceux qui les ont vus récemment à Barcelone ou à Paris connaissent leurs live acts aux platines, dans lesquels ils excellent.

Références album : Justice, « † » – Because.