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L’encore jeune Julien Descossy, 38 ans, a tardé pour sortir de l’œuf artistique, par une première exposition en 2005, en la galerie Odile Oms de Céret, qui le reprend en 2009 le temps d’une nouvelle série. Entretemps, le peintre a délaissé l’urbanité qui hantait ses créations précédentes pour se pencher notamment, tel Narcisse, vers l’eau trouble et ses plantes. Auto-contemplation en moins, Julien Descossy travaille aussi sur les bassins, avec, en fil rouge, l’eau et le récipient, dans des teintes, retenues comme lui-même. Les gris, les ocres et les verts sombres créent l’ambiance, en accord avec l’auteur, réputé réfléchi et discret par ceux qui l’ont déjà rencontré dans l’urbaine Montpellier, où il vit, à moins d’une visite rurbaine à Céret, la ville familiale, où son grand-père Camille Descossy voyait le jour en 1904. Mais si l’aïeul, dont l’empreinte et la palette restreinte imprègnent la peinture de Julien, exposait à 22 ans au Grand Palais de Paris, puis au Salon d’Automne, avant de diriger les Beaux Arts de Montpellier en 1939, le descendant, peut-être pour une raison d’époque ou de propension personnelle, joue autrement le temps, et la géographie le rattrape par le col grâce à l’implication d’Odile Oms, la galeriste aux réflexes qui rappellent le mécénat, qui se défend : « Ce n’est pas du mécénat, évidemment, mais c’est cela justifie le travail de notre galerie ». Car Descossy-le-jeune fait partie d’un espoir, sûrement à son insu, d’émergence d’un groupe d’artistes de Catalogne Nord, auxquels se joindraient Emmanuel Bolzoms, Patrice Deixonne et Gérard Oberlinger, également révélés par la galerie cérétane.

Peindre « quand il ne fait ni jour ni nuit »

Il a peint la ville, il peint l’eau délicate et ses habitants discrets, tout en caressant l’abstraction dans une sobriété permanente. La réalité de Julien Descossy lui colle à la peau, mais à l’inverse du peintre urbain qui favoriserait la nature, par compensation classique, le garçon alterne, il voit encore la cité que les urbains ne voient plus. Certes, ses créations précédentes floutaient l’étrange ville, dont les rituels ordinaires, qui n’intéressent guère les urbains eux-mêmes, devenaient méconnaissables. Les nouvelles reflètent encore l’étrange, que le critique Luc Castanier résume « Il n’y a plus de Terra Incognita (…), seulement des territoires explorés par les artistes » en décrivant les séances de l’artiste, qui peint « quand il ne fait ni jour, ni nuit », dans un « temps suspendu », lorsque « l’horizon de matière se confronte à la verticalité du sens ». Les matières parviennent à devenir volages, par une extrême liberté dans le choix des textures, par tout un glossaire intime et une organisation anarchique des éléments, évidemment réglée, comme la bataille de pigeons pour un morceau de pain, présente dans ses œuvres révélées en 2005, ou les passants pressés grouillent et foulent le pavé. Odile Oms décrit : « Cette exposition est le prolongement de la précédente, sa première, dans les mêmes murs ». Tout aussi mystérieuse, étrange et envoûtante.

Julien Descossy, du 7 février au 15 mars 2009, Galerie Odile Oms, 12, rue du Commerce, 66400 Céret. Ouvert tous les jours, dimanche inclus, de 11h à 12h30 et de 14h à 19h. Fermeture le mercredi. Visite sur www.odileoms.com

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