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En retrait depuis la moitié de notre décennie, Eminem a dévoilé en 2008, en interview, son double et grand retour en 2009, attendu depuis son dernier album original « The Way I Am », en 2004. « Relapse » sortira le 17 mai, puis « Relapse II », deux mois plus tard. L’artiste aux 80 millions de disques travaille énormément et semble abandonner les saillies verbales qui l’on rendu célèbre dans la presse extramusicale. En apéritif, le single « Crack a bottle », qui sort le 7 avril, incite l’auditeur : “Casse une bouteille, bouge ton corps, mais ne te comportes pas comme un raté », avec référence aux armes à feu à la clef, mais surtout une voix qui chante vraiment et scande, peut-être comme personne, dans une clarté qui mérite qu’on s’y attarde. Phénomène désormais classique, plusieurs versions studio traînent sur Internet depuis l’année dernière, mais aucune ne semble aboutie. La critique américaine avise déjà : cet opus garni de caisses claires et kit de batterie, fruit de la participation du producteur de hip-hop Dr Dre, célèbre là-bas, contentera autant les fans de rythmes aisés à écouter que les oreilles plus exigeantes : le rappeur anciennement blond peroxydé, tirant maintenant vers le brun, n’a rien perdu de son sens du commerce. Certes, vu d’Europe, mais surtout de France, l’usage de l’anglais (dans sa modalité américaine) rebute voire signifie un grand trou noir, mais Eminem déploie un identique talent dans le travail des sons comme dans celui de la langue, par le maniement de l’allitération, de l’assonance ou des jeux de mots, dans une énergie littéraire, motif du prix « Best Lyricist Of the Year », en 2000.

Mère plongée dans l’alcool, les cigarettes et l’ecstasy

A 36 ans, Eminem a été aussi bien couvert d’éloges que controversé, certains de ses textes étant jugés homophobes, d’autres dégageant une violence extrême que d’aucun expliquerait par une enfance difficile, avec abandon de foyer par le père deux mois après la naissance du petit Marshall (prénom véritable de l’artiste), tabassage et humiliations de la part des jeunes des quartiers durs de Détroit, parce qu’il était frêle et peut-être blanc. 10 jours de coma après ces violences mesquines forgeront une personnalité singulière, déterminée dans le verbe comme d’autres dans le coup de poing, et le futur chanteur se lance en 1995 à coups de « battle » dans les clubs hip hop de Detroit, en agaçant le public majoritairement noir, qui finit par montrer son respect face aux performances de la future star. Un premier album en 1996, vendu à seulement quelques milliers d’exemplaires, précède l’invention d’un alter ego, « Slim Shady », plus sombre que le rappeur lui-même, prototype de l’Américain moyen, conservateur avec œillères, ennemi de la différence. Ce double manie la colère et l’humour noir tout en affirmant, lucide « Pourquoi aurais-je besoin de voir un psy ? Le monde est mon thérapeute. ». La rencontre avec le producteur Dr Dre, en 1997, fait office de détonateur et l’album « The Slim Shady LP » sort en 1999 suivi de « The Marshall Mathers LP », en 2000, une consécration et l’une des grandes ventes de l’histoire du rap avec plus de 1,7 million de copies en première semaine. S’il faut retenir un élément de la liberté, ravageuse et inquiétante d’Eminem, retrouvons le texte de « Criminal », titre de 2001 : « Ma mère était plongée dans les drogues – alcool, cigarettes et ecstasy / Une graine allait grandir en elle et devenir aussi folle qu’elle l’était / Lorsque le bébé est sorti, il était défiguré, avait les ligaments malformés / Ne te moque pas de ce bébé car ce bébé c’était moi ».

Références albums :
Eminem, « Relapse », sortie le 17 mai 2009 / Single « Crack a bottle » le 7 avril.
« Relapse II », sortie juillet 2009.

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