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À l’instar des amateurs de Hip Hop, et de certains footballeurs fêtant le but, garçons et filles improvisent des figures rapides créant comme une désarticulation du corps. Il en résulte, pour le spectateur, une impression de fébrilité chaotique, de pantomime débridée. Issue du mouvement musical hard style (Belgique ou Pays-Bas) et de la tendance techno italienne, la Tecktonik s’est développée en France dès l’an 2000 autour de quelques soirées organisées par la discothèque le Métropolis à Rungis, près de Paris. Des vêtements, des accessoires de confection, des boissons ont finalisé ses réseaux de consommation, son esthétisme, ses modes de vie. La vague techno précédente, appelée Makina, qui émergea aux débuts des années 1990 en Espagne et dans le Sud de la France, était très critiquée pour ses affinités fréquentes avec des idéaux nationalistes et racistes. La Tecktonik se veut sans idéologie. Cependant, le logo de la marque déposée par les créateurs des premières soirées est un aigle, le Reichsadler, l’aigle du Reich du drapeau allemand, repris ici soi-disant pour sa valeur héraldique : puissance et force divine. Mais dans ce contexte c’est un choix fortement connoté. Cette mode n’est-elle pas aussi une sorte de repli communautaire, un pendant à la musique rap, pour une génération en grande majorité de milieux aisés et de race blanche ? Très en vogue chez les WASP (White Anglo-Saxon Protestant), la Tecktonik n’est donc pas sans idéologie. Danser sur de la techno n’est pas en soi quelque chose de nouveau, mais représente ici le désir de se reconnaître et de codifier des comportements.

Mais où en est la Tecktonik en Catalogne ?

Popularité et promotion du mouvement s’appuient à fond sur Internet, la blogosphère. Chaque danseur, muni d’une webcam, peut diffuser ses performances sur son blog et créer ainsi de nombreux contacts. En quelques clics on découvre des milliers de ces vidéos, dans toute la France et en Espagne. Cet été 2007, l’industrie touristique de Catalogne Nord a semblé ignorer le phénomène. Pas de clubs attitrés, ni de lieux de rassemblement pour l’instant. Deux ou trois soirées ont été organisées par la discothèque Le Marina au Barcarès et une timide ébauche au In Love, à Canet. Quelques magasins du centre-ville de Perpignan vendent des vêtements estampillés, mais c’est un peu le désert. Côté Catalogne sud, les courants artistiques venus du Nord de l’Europe ont parfois du mal à passer. Le marché des adolescents, qui imposerait des horaires d’ouvertures l’après-midi pour les clubs, sans vente d’alcool, ne fait pas recette. À suivre …

You Tube pour commencer. La tecktonik, encore naissante, arrive bientôt sur CD ?