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L’album « Nobody’s Daughter » (« la fille de personne ») du groupe Hole, sorti fin avril, dans un climat de méfiance entretenu par les fans et la critique, fait remonter les espoirs envers Courtney Love, détentrice de la flamme du grunge. Pour l’occasion, l’ex-madame Cobain fait renaître son groupe, Hole, dont le premier album, « Live through this », est sorti l’année de la disparition du dernier héros du rock. Après un égarement dans la drogue, l’extravagance et les opérations de chirurgie esthétique, cette apprentie maman à qui l’on vient de retirer la garde de la fille, Frances Cobain, 17 ans, nous donne encore envie d’y croire. Certes, elle a la vie qui va avec, mais l’album n’est pas du bluff à clichés déviants.

Love a démarré l’écriture de « Nobody’s Daughter » lors de sa dernière cure de désintoxication et a embauché la productrice Linda Perry (Pink, Christina Aguilera), Billy Corgan, leader des Smashing Pumpkins, et le jeune guitariste anglais Micko Larkin, qui co-signe plusieurs titres. Ce rock-là est brut, la voix éraillée de la veuve du grunge fait son effet, et les accents pop ne sont pas loin, mais l’exploration de l’univers acoustique, présente sur l’album, ne convainc pas. Ce disque de 13 titres, qui raconte la revanche, la survie et la rage, comporte un conseil, inscrit sur on livret « S’il vous plaît, jouez ce disque très, très fort ».

Désormais, elle souhaite solder tout le patrimoine de Kurt Cobain

Les affaires familiales de Courtney Love semblent bien lointaines pour les adolescents, qui n’étaient pas nés à la mort de Kurt Cobain et découvrent cette musique aux accents du XXe siècle. Mais la chanteuse n’est pas une imposture, même si la presse mondiale, à la mort brutale de Cobain, l’a comparée à Yoko Ono. Puissante sur scène, avec deux albums convaincants, dont « Celebrity Skin » (1998), la première dame du grunge, lancée sur la scène indépendante post-punk américaine avant de rencontrer Cobain, est indiscutablement légataire, à tous les sens du terme.

Un peu perdue, la Courtney ? Possiblement. Cette année, plutôt que d’utiliser son nom, dans lequel résonne celui de Cobain, elle réactivé Hole, délaissé depuis l’album « Celebrity Skin », dans d’ailleurs solliciter les autres membres du groupe ! Cette quête d’identité est complétée par la volonté de la blonde de vendre le catalogue de Nirvana, c’est-à-dire de « liquider » Kurt Cobain pour passer, à 45 ans, à autre chose. La chanteuse, épouse du héros pendant 3 ans, désire en effet vendre tout ce qui concerne son mari, mais prétend obéir à une « décision émotionnelle » est non pas « d’ordre financier ». En 2006, elle avait déjà cédé une partie du catalogue de Nirvana contre quelques millions de dollars, avant de vouloir faire ce grand nettoyage de printemps. Une fois affranchie d’un épisode de sa propre vie, aussi bref et déterminant, l’éternelle veuve de Kurt Cobain pourra-elle mieux en assurer le prolongement ?

Hole, « Nobody’s Daughter » (Mercury/Universal), avril 2010.

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