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Cette galette est une bonne nouvelle, malgré un faux départ en juin 2008, absence de marketing oblige, qui permet un véritable lancement cet automne. Ce manque de stratégie indique déjà pas mal de choses sur le bonhomme Chris, enfants des Landes, étudiant au Pays Basque puis débarqué dans la fourmilière musicale perpignanaise en 1984, catapulté en solo sur scène en 1990. Sur ce deuxième album, tout y est ou presque : une touche de Johnny Cash sur certains titres et quelques parties de guitares rythmiques. Une touche de Bill Deraime et de Charlie McCoy, un peu de Jacques Dutronc sur « Grigri cassé ». Le chat prend un grand plaisir sur cet album 100% studio, comme en témoigne la quasi-totalité des titres, et s’octroie, en supplément, l’insolence de jouer de plusieurs instruments sans se la jouer. N’est-ce pas la marque d’un grand ? Avec des titres de facture internationale qui ne dénoteraient pas les radios spécialisées, comme l’impressionnant « Mildiou », dans une référence à la plaie viticole qui fait partie de la galère ordinaire du vigneron pris de blues, ou le délicieux « Malin et demi », qui touchera tous les gratteux espérant devenir un jour guitaristes. A noter aussi, une surprenante reprise (assumée ?) de Rollin’ on the River, qui flaire bon l’Ouest américain et pourrait servir d’épitaphe à plus d’un musicos, et un détonnant « entre Vaudou et vin doux », qui claque comme un coup de revolver et au final ne nous laisse pas indemnes.

Un standard qui finit par ressembler à une composition originale

Osant s’aventurer, parfois sur des routes parallèles et sœur du blues, comme sur la route champêtre du Hillbilly, et la highway du Rythm’n’Blues, Chris nous sort un CD tout chaud, au son clair, et à la voix rocailleuse. Il en ressort une professionnalisme total empreint d’énergie non calculée, presque animale, et une prouesse d’appropriation/réinterprétation, lorsqu’un standard finit par ressembler à une chanson dont lui-même serait l’auteur. Le seul demi-bémol survient par la langue, sur cet album en français, facteur parfois handicapant pour du blues et Rythm’n’Blues, car le spectre de Johnny Hallyday tend à planer parfois, probablement par carence de références francophones. Enfin un défaut ! C’est aussi ça l’esprit du blues. Bien sûr, quand Chris oublie de chanter comme un blues man qu’il est, sa voix est moins fidèle, mais cela n’empêche pas ce disque d’atteindre sa cible finale, celle de nous titiller l’oreille et de nous régaler, sans prétention. Force est de constater qu’il l’a bien mis dans le mille. La réalisation, signée Jacques Poignonnec aux studios Concorde de Canet, prouve que la compression sonore n’est pas un crime et qu’un simple titre guitare-voix-harmonica peut prendre de la dimension sans basculer dans la démesure.

Références album : Chris The Cat, « Entre vaudou & vin doux », 2008. Autoproduit.
Myspace

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