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A 20 millions de dollars, ce nouvel album est le plus cher de toute l’histoire de la musique. Curieux record, car la révolution engagée depuis « The Spaghetti Incident? », le dernier album du groupe, sorti en 1993, est celle des économies d’échelle : productions domestiques sur PC à très faible coût, production fignolée par-dessus. De l’autre côté, celui du consommateur, iTunes et consort ont généralisé, dans un imprévu retour aux années 1960 et à leurs 45 tours, la culture du single : d’ici peu, produire des album de 14 titres, comme en comporte « Chinese… » et en consommer sera une pure nostalgie du siècle défunt. Ce contexte n’échappe pas à Axl Rose, le chanteur et unique membre originel du groupe encore en activité, qui a bataillé 15 ans pour revenir proprement, après un lot prévisible d’évictions de musiciens, de départs et de fâcheries. Que du rock’n’roll. Mais à l’écoute, nous sommes en 2008 et ça sonne bien, avec toujours le penchant ogre tendre des hard-rockers sur le mode des deux albums « Use your Illusion » de 1991, Axl Rose se faisant le dépositaire de la ballade musclée, gnangnan parfois, la machinerie derrière grondant davantage d’accents teigneux et arrogants. Désormais, le chanteur Rose conserve le rock, délaisse le hard et se laisse prendre par la mélancolie et la sophistication. La mélodie affirme sa présence, sur cet album découpable en quatre séquences, une première plutôt rock moderne, avec guitares au rasoir et rythmes électros, une deuxième de power-ballades épiques, et une troisième plus intello, comprenant des morceaux tortueux.

« Une bouteille remplie de pisse sur le public »

Difficile de persévérer dans la provocation lorsqu’on s’appelle Axl Rose, que l’on a 47 ans et que l’on persiste en musique, en affichant une carrière active de moins de 10 ans (1987-1993) illustrée par un premier album, « Appetite for Destruction » (1987), écoulé à près de 30 millions d’exemplaires à travers le monde, ce qui en fait l’un des albums les plus vendus de l’Histoire de la musique. Certains ont découvert le groupe dans la B.O. de Terminator 2, par la chanson « You Could Be Mine » (1991), tandis que le grand public peut se rappeler « November Rain », chanson dont le clip a été le plus demandé sur MTV en 1992. A l’époque, le groupe remplit les stades, et, de joie, Axl Rose lance une « bouteille remplie de pisse » en l’air lors d’un concert, installent la légende, juste avant les clash, les albums d’affirmation solo, la dérive musicale et la reprise de la marque « Guns N’Roses » par son chanteur, qui annonce la sortie de « Chinese Democracy » dès 1995, la repousse à 2006, puis 2007… Mais le groupe part en tournée de grâce aux USA et en Europe en 2006, tout en retrouvant la vie du rock, avec pour preuve la convocation de Rose par la justice suédoise, en juin, pour insultes et morsure à la jambe sur un vigile de son hôtel de Stockholm. L’honneur est sauf, il ne manque plus que la constance, après l’apparition de neuf nouvelles chansons, sur le web en 2006, comme autant de collectors aux tonalités légèrement industrielles, leurs versions n’étant pas définitives. Depuis la sortie de l’album, le mois dernier, Axl Rose, injoignable, distille des indiscrétions sur sa conception via le forum du groupe, pendant que ce « Chinese Democracy » se place en tête des téléchargements illégaux, comme autant de manque à gagner. Depuis 1993, la gloire est la sœur du dollar, mais un peu moins.

Gun N’Roses – Chinese Democracy – Geffen distribution (2008)

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