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Le centre d’art « A cent mètres du centre du monde » a ouvert en 2004 sur une initiative de Vincent Madramany, son fondateur et directeur. Il s’agit d’une initiative qui lui revient entièrement. Vincent Madramany a été un important chef d’entreprise implanté au marché international Saint-Charles de Perpignan. En parallèle, il a réuni une collection d’artistes vivants. Son arrière cour abritant un immense ancien magasin, il a fait le rêve d’y créer un grand centre d’art contemporain. C’est avec quatre ans de retard sur ses prévisions, en 2004, que Madramany ouvre ce lieu, exploité par une association regroupant de nombreux mécènes.

Une ligne d’expositions

Dès le départ, les choix de Vincent Madramany en matière d’art sont clairs : sa collection reflète ses goûts. Et c’est sans doute là sa force : là où les instances publiques sont contraintes à des commissions et des compromis inévitables, les collectionneurs privés sont souvent monomaniaques. Vincent Madramany est né à València, dont il connaît bien la scène, et possède des œuvres de plusieurs artistes : Armengol, Barberà, Heras. Chacun d’eux se voit d’emblée consacrer une exposition monographique avec catalogue. Des coproductions se mettent en place avec l’Institut Valencien d’Art Moderne (IVAM). Les choix sont précis et reflètent, à la manière d’une fondation naissante, les goûts et l’histoire du fondateur.

La peinture française

Puis une série d’expositions explore l’œuvre d’artistes français : Viallat, Ben tout d’abord. Difficile de faire du nouveau avec ces vieux loups, d’autant qu’ils ont beaucoup été montrés dans la région. Les expositions ont au moins l’avantage de montrer la fidélité de Madramany à ces artistes des années 1970. Mais la véritable passion du collectionneur valencien est dédiée à l’œuvre de Jean le Gac. Celui-ci se voit consacrée une exposition en 2006 qui fait date dans la biographie du peintre de la galerie parisienne Templon. Madramany continue d’ailleurs de prêter de nombreuses œuvres du peintre pour des expositions, à Paris ou ailleurs.

Balbino Giner Garcia

L’exposition en cours, celle de Balbino Giner, coproduite avec le consortium des musées de València, retrace le parcours du peintre né à València et mort à Perpignan. Plus d’une centaine d’œuvres sont accrochées, pour reprendre les traces singulières laissées par l’artiste. Une peinture aux styles éclatés, de l’académisme tardif des années trente à un expressionisme à la Kirchner. Le grand nombre d’œuvres et l’accrochage thématique rendent difficile la compréhension globale. L’exposition peine à nous faire saisir l’intérêt réel de l’œuvre de Balbino, les superlatifs ne faisant pas un commissariat. Mais l’œuvre elle même est tellement inégale que l’exercice est périlleux. Au moins, hommage est rendu à ce prophète en son pays.

Entre deux eaux

Le centre, après six ans d’existence, joue un rôle phare dans le paysage perpignanais, où l’art contemporain n’est souvent qu’une ballade entre gens qui sont nés quelque part. On aime vraiment lorsque Madramany est plus indépendant, et découvre de jeunes artistes allemands tels que Eichhorn (2006), ou français (Corpet 2007, ou Penchréac’h, à venir). Mais sans doute, pour rencontrer le succès public et médiatique, faudrait-il programmer, à la manière des fondations, d’importantes et historiques expositions estivales, n’ayant pas forcément de lien de territoire avec la Catalogne. Quitte à élargir à l’histoire de l’art moderne, autant présenter des artistes majeurs qui, attirant des publics plus nombreux, feront bénéficier de leur aura les autres expositions du centre. Une telle démarche impliquerait de passer un cap structurel bien sûr, mais également culturel dans une région où l’histoire de l’art ressemble parfois à une condamnation. C’est l’espoir que porte aujourd’hui le centre d’art de Vincent Madramany.

« Balbino Giner Garcia », A cent mètres du centre du monde (A.C.M.C.M), 3, avenue de Grande Bretagne 66000 Perpignan. www.acentmetresducentredumonde.com. Jusqu’au 13 juin 2010.

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