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Le musée Fabre de Montpellier propose jusqu’au 20 septembre une importante rétrospective de l’œuvre d’Alfons Mucha (1860-1939). Si le nom de Mucha est célèbre, ses créations le sont encore plus, tant on peut dire qu’il est LE représentant du style art nouveau. Autrement dit, il est quasi impossible de ne pas avoir en mémoire une de ses affiches conçues pour les spectacles de Sarah Bernhardt, ou encore les publicités pour Lefebvre Utile (LU) ou les papiers à cigarette JOB de Perpignan. C’est ce dernier point, particulièrement significatif, qui aurait donné tout son sens à une telle exposition dans la cité historique de l’usine JOB. Reste qu’il faut faire quelques dizaines de kilomètres pour voir celle-ci à Montpellier, sans regret puisqu’elle vaut le déplacement à elle seule.

Un artiste boursier devenu mondain

Alfons Mucha est né en Moravie (actuellement république Tchèque). Il existe d’ailleurs de nos jours une fondation qui porte son nom à Prague. Dessinateur virtuose et précoce, il vient rapidement à Paris suivre les cours de l’académie Julian à partir de 1887. Il profite alors largement d’une bourse accordée par un mécène compatriote, jusqu’à ce que celle-ci cesse, ce dernier considérant qu’à 30 ans l’artiste doit voler de ses propres ailes ! Rien n’est moins simple et il lui faut trouver des moyens de gagner de l’argent. C’est dans la voie de l’illustration qu’excellent d’autres Moraves exilés à Paris : il les suit donc. Ses facilités techniques s’allient à des choix esthétiques. D’abord, Mucha s’appuie très largement sur la photographie (il prend des clichés de ses modèles) et impose sa marque de fabrique : cadrages en forte contre-plongée, portraits de buste ou de pied, etc. Ensuite, Mucha n’hésite pas à jouer la carte de l’exotisme dans un Tout-Paris qui en est friand : il accole à ses personnages des coiffures traditionnelles moraves et leur donne dans ses dessins force détails et ornements. Enfin, le succès arrivant, Mucha, devenu artiste mondain, accole à son art tout un discours mystique voire spiritiste: les tables tournaient régulièrement dans les salons parisiens enfumés de l’époque, et l’atmosphère sulfureuse qui se dégage du spiritisme évitera à l’oeuvre de Mucha de tomber dans le seul fonctionnement esthétique. Ces trois éléments créent rapidement une “touche” Mucha, qui s’arrachera et donnera à son auteur richesse et célébrité.

« Des merveilles d’imprimerie »

L’exposition languedocienne et son catalogue montrent également l’importance des techniques de l’imprimerie et des moyens de diffusion de la publicité dans l’émergence de l’artiste. Proche d’importants imprimeurs français, comme Champenois, Mucha a su tirer partie des techniques de la lithographie la plus raffinée. Chance pour la France, le dépôt légal oblige les imprimeurs à céder deux ou trois exemplaires de chaque édition à la B.N.F, qui se retrouve du coup, dans le cas de Mucha, avec la collection quasi complète ! L’arrêt vaut le coup devant ces merveilles d’imprimerie, de dorure et de contrôle des couleurs : tout cela impossible à reproduire dans les catalogues, sauf à mettre en oeuvre les mêmes moyens, évidemment. Dès lors, l’affiche de JOB reprend son sens et sa fonction, dans un contexte des plus séduisants. L’exposition se termine par la face la moins intéressante de Mucha, ses peintures monumentales (une partie de “L’épopée slave” spécialement revenue de République Tchèque). Là, la mystique cède progressivement le pas à des revendications politiques obscures, traitées dans le plus plat académisme.

Une pédagogie autour de l’artiste

L’exposition, mi-chronologique, mi-thématique, est richement dotée en oeuvres et en documents. Par exemple, pour bien comprendre la relation de l’artiste à Sarah Bernhardt, personnage fantasque et star de son époque, de nombreux documents historiques sont mis en avant : photographies, documents sonores et même films. Le coeur de l’exposition la fait tenir à lui seul toute entière, et il fait battre le nôtre comme jamais depuis la dernière rétrospective française, il y a 30 ans.

Rétrospective Alfons Mucha (1860-1939)
Jusqu’au 20 septembre
Musée Fabre
39 boulevard Bonne Nouvelle
34000 Montpellier
http://museefabre.montpellier-agglo.com

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