Langue

Le chef de l’opposition Front National à la mairie de Perpignan, Louis Aliot, a profité de bonnes qualités de communicant aux dernières municipales. Mais il sort bien mal paré d’un magazine intitulé « A droite et au delà« , diffusé mardi 17 juin par la première chaîne de télévision catalane. TV3 y fait intervenir les militants du FN dans le quartier Saint-Jacques, lors de la campagne. L’un d’eux affirme en catalan et sans réserve que les élus « sont en place uniquement pour l’argent et font des maisons seulement pour les arabes ». Le compagnon de Marine Le Pen approuve l’affirmation, qu’il a visiblement comprise : « c’est ça, exactement ». Auparavant, il s’est fendu d’un « bon dia » (bonjour) pour saluer un relais de sa campagne, de culture gitane. Plus tard, le premier intervenant, brochures à la maison, convainc un groupe de jeunes Gitans avec l’argument « il faut faire quelque chose, sinon les Arabes vous mettront dehors ». Louis Aliot assiste également à cette scène, cette fois-ci sans réagir.

« Ils nous mettent dehors, il faut nettoyer »

Auprès des interviewés, la confiance inhérente à l’usage de la langue catalane est un avantage sur les médias français, y compris perpignanais. Les interlocuteurs se lâchent, semblent être davantage eux-mêmes et la chaîne leader en Catalogne du Sud profite de son détachement territorial pour aborder frontalement le « vote Le Pen » dans la communauté gitane. Un jeune assis sur le capot d’une voiture, place du Puig, lance « en ville, il a plein d’arabes, nous, nous n’avons rien, les maisons tombent. Ils nous mettent dehors, il faut nettoyer ». Il ajoute « les emplois doivent être pour nous, car nous sommes catalans et nous sommes en Catalogne ». Le montage saccadé accumule les phrases de ce type, mais elles sont bien réelles et insérées dans leur contexte.

Cette enquête de terrain, à la façon de coulisses de campagne qui abondent pour les candidatures nationales, serait impensable en langue française. Au mieux, elle serait auto-censurée par son auteur ou le média commanditaire. Elle révèle le caractère aventureux de la conquête de l’électorat du quartier Saint-Jacques et la stratégie d’un vote communautaire, que le Front National a pourtant attribuée à certains de ses adversaires lors des municipales de Perpignan.

« A droite et au delà », TV3, Barcelone, 17 juin 2014.

Nouveau commentaire