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L’USAP est leader du Top 14, avec un budget moyen. Quel est le secret ?

En budget consolidé, c’est-à-dire en comprenant les boutiques, et, bientôt, notre brasserie ouverte Quai Vauban, à Perpignan, nous sommes le 6ème budget du championnat. A l’arrêté du 30 juin nous serons autour de 16 millions d’euros pour la saison 2009-2010. Mais il n’y a pas de secret. Chaque joueur est payé en fonction de sa valeur et aucun n’est payé à des sommes trop importantes par rapport à ce qu’il vaut. Nombre d’entre eux, de très bon niveau, sortent de notre centre de formation et coûtent donc moins cher pendant les premières saisons.

L’USAP est un exemple du rugby français pour la qualité de ses infrastructures, c’est un peu l’anti-Toulon, qui ne dispose que d’un seul mécène. Pour son développement, où en est l’idée d’un nouveau stade ?

Nos projets sont complémentaires, à moyen terme et long terme. Pour un nouveau stade, entre le moment où une décision sera prise, et sa réalisation, il se passera 10 ans. Nous regardons plutôt dans les 2 ou 3 ans qui viennent, avec le développement du Stade Aimé Giral, pour accueillir le nombre de spectateurs et les partenaires que nous souhaitons avec les espaces réceptifs adéquats, et enfin recevoir les bénéfices de ces transformations, donc faire progresser le club. Mais l’idée d’un grand stade peut toujours être discutée. J’y pense, mais c’est du très long terme. La jauge d’un stade à Perpignan, pour nous, à l’heure actuelle et dans un avenir proche, serait de 18.000 à 20.000 places, ce qui conditionnerait une politique commerciale différente. Pour l’instant, nous sommes coincés

Le seuil de 20 millions de budget est décisif au sein du Top 14. Quelles sont vos stratégies pour l’atteindre ? Droits télé ? Investisseurs français, sud-catalans ?

La Ligue Nationale de Rugby (LNR) négocie les droits télé, donc je n’y suis pour rien, mais nous partageons les droits à part égale. En tant que membre du Comité Directeur de la ligue, je vais participer à une réflexion. En termes de partenaires, nous travaillons d‘abord le local, avec un gros travail déjà effectué, et une marge de progression. Nous travaillons aussi le sud de la Catalogne, et nous travaillons à Paris, à travers une agence, pour ramener chez nous des partenaires nationaux et internationaux, comme nous en avons déjà. Dans les cinq prochaines années, en imaginons d’obtenir une augmentation équivalente à celle des cinq dernières, nous devrions être à 25 millions en 2015. Mais c’est une hypothèse que je ne retiens pas, car elle exige une augmentation de 5% par an, qui sera difficile à réaliser. Raisonnablement, je vise 19,5 millions ou 20 millions dans cinq ans. Il faut donc jouer sur tous les leviers : le prix des places, les abonnements, les partenariats, la télévision et les collectivités locales.

Quels sont vos nouveaux partenaires ?

Nous avons signé pour la première fois le partenaire « Catalunya », c’est-à-dire le label touristique du Gouvernement catalan, et nous venons de signer avec Collverd (géant du foie gras installé à Vilamalla, près de Figueres – ndlr).

La presse parisienne prétend que l’USAP est l’équipe de toute la Catalogne, nord et sud

C’est un peu vrai et c’est ce que nous tentons de faire, au-delà des partenaires. Nous travaillons au développement du rugby en Catalogne sud, avec notre centre de formation. Nous avons signé une charte en ce sens, avec une vingtaine de clubs, nous invitons des jeunes joueurs du sud à tous les matchs, nous avons un entraîneur, que nous finançons, détaché auprès de la Fédération Catalane de Rugby, à Barcelone. Et puis un jeune de Sant Boi, au Sud (Hèctor Garcia – ndlr) fera son entrée au centre de formation à la rentrée prochaine. Tout cela favorise le développement et l’image de l’USAP au sud, pour que l’USAP soit le club de rugby de toute la Catalogne, comme le Barça en matière de foot. Tout cela, visible depuis en 2007, sert l’implantation véritable du rugby en Catalogne, et c’est parfaitement assumé. Notre titre obtenu en 2009 a beaucoup joué, car le public du Sud, qui a vu le match, a été sensibilisé par la catalanité que nous dégageons. Il y a des choses significatives : des dizaines de Catalans du sud assistent d’ailleurs à tous nos matchs, et, en mars 2008, lors de l’ouverture de notre billetterie sur Internet, le tout premier ticket a été vendu à un gars d’Olot (province de Girona, ndlr). La culture rugby s’installe au sud.

L’identité catalane est ostentatoire à l’USAP… Identité réelle ou identité marketing ?

C’est une identité réelle, même si je parle très mal le catalan. Le côté marketing est obligatoire, mais c’est une conséquence, et non pas un but.

Le phénomène identitaire n’était pas commenté lors de la finale de 1955 : tous les joueurs parlaient catalan, mais point de drapeaux. En 2010, aucun ne parle catalan, mais les drapeaux sont par milliers…

Je ne peux pas vous l’expliquer. Aujourd’hui, il y a une véritable marée de drapeaux sang et or. Mais si un jour nous sommes plus ouverts, puisque mon but est d’accueillir d’autres joueurs catalans du sud au centre de formation, et que l’un d’eux devienne équipier premier, j’aimerais que les drapeaux restent. Après les années 1960, mauvaises pour nous, nous sommes partis plusieurs fois en phase finale. Lorsque j’ai effectué ma première phase finale à l’USAP, en 1971, il y avait quelques drapeaux, puis ce phénomène s’est développé, puis est passé à de fortes doses, avec la grillade et le drapeau catalan, pour suivre l’équipe. La modernité a commencé après les années 1970, alors que les gens parlaient déjà beaucoup moins catalans.

Pourquoi ont-ils alors brandi le drapeau ? Cela vient d’une certaine vision des gens qui jugeaient que nous étions considérés comme des parents pauvres par le reste de la France. On a voulu montrer notre identité par compensation, comme pour dire « Nous savons que nous sommes traités comme des gens lointains, comme le trou du cul de la France, en bas, comme une zone délaissée par la France, comme les derniers arpents de terre avant l’Espagne ». Je pense que le message de cette époque, dans l’imaginaire populaire, était « Vous ne vous occupez pas de nous, on s’en fout, puisqu’on est catalans, c’est normal, on n’est pas de chez vous ». Cette revendication de l’identité est semblable à la présence musulmane : si les filles mettent la burqa et les mecs parlent comme ils parlent, c’est parce qu’ils ne se sentent pas intégrés, et donc mettent en exergue leurs différences. A petite échelle, les drapeaux catalans, c’est la même chose, parce qu’on se sent mal-aimés, maltraités, ou traités par-dessus la jambe. Mais en comparaison, lors du dernier match du Barça que j’ai vu à Barcelone, il y avait deux drapeaux !

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