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L’avenue du Maréchal Koenig, aux portes du quartier du Moulin à vent de Perpignan, recevra la prochaine enseigne « Marie Blachère » des Pyrénées-Orientales. Ce mastodonte de la boulangerie industrielle s’assure une progression fulgurante dans le territoire. Ce nouvel espace commercial, proche des établissements Babou, sera livré fin septembre. Les communes du Boulou, Cabestany, Elne, Argelès-sur-mer, ajoutées à cinq adresses fonctionnant à Perpignan, ont déjà accueilli le fabricant de pain, croissants, tropéziennes ou burgers, qui inaugure 7 nouvelles enseignes par mois en territoire français.

Des parkings et des emplois

Au niveau économique, la progression de Marie Blachère en Pays Catalan bouleverse le marché et confisque les capitaux. Après les stations-service de supermarchés éliminant les pompes à essence de centre-ville, les grandes surfaces de bricolage, de sport et de réparations automobiles ont réduit leurs homologues de quartier, l’industrie de la boulangerie est imbattable. Son service ultra-rapide, ses prix incomparables, sa large amplitude horaire et son accès immédiat par parkings attenants, sont bien plus qu’une concurrence pour les boulangeries traditionnelles. L’augure de l’emploi, dans un département au chômage record, et celle des taxes à percevoir, séduisent les élus et commissions chargés d’autoriser d’implantation. En France, Marie Blachère recrute 800 personnes par an.

Jacobinisme économique

En matière culturelle, l’avancée de Marie Blachère élimine les différences, selon une uniformisation unique au monde. Ici, cet appauvrissement identitaire exclut les spécialités catalanes telles fougasses, tourteaux, bunyetes et panellets, liées au calendrier. Cette mécanique standard et sans saisons heurte le réseau des boulangeries traditionnelles et les savoir-faire. Au passage, de nouveaux secteurs des centre-villes seront immanquablement asséchés. La florissante entreprise, fondée dans les Bouches-du-Rhône en 2004 sur l’image d’une boulangère fictive du prénom de « Marie », emboîte le pas de dizaines de chaînes commerciales. Une offre déracinée produit ainsi des entrées de villes identiques de Dunkerque à Menton, d’Avignon à Perpignan. Les logos de Weldom et Rétif, Décathlon ou Intermarché, La Halle aux Chaussures ou Boulanger, instaurent un jacobinisme économique et paysager.

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