Langue

En amont de la souveraineté qu’il convoite, le gouvernement catalan défend une analyse économique basée sur les données officielles. Son Conseil Assesseur pour la Transition Nationale, fondé en février 2013, expose la viabilité d’un Etat catalan scindé de l’Espagne. Dans un livre blanc présenté fin septembre, il décrit en 18 rapports détaillés l’entière possibilité d’une sécurité sociale catalane et d’une économie territoriale. Le Produit Intérieur Brut catalan, de 192,5 milliards d’euros en 2013, premier du pays avec 20 % de l’ensemble, se replierait de 2 % par représailles politico-économiques, anticipe ledit Conseil, dont les scénarios sont nécessairement engagés. La dette catalane, première d’Espagne à 62,2 milliards au deuxième trimestre 2014, représente 32% du PIB catalan, mais elle serait absorbable. En effet, 13 milliards annuels seraient obtenus par 5,8 milliards de fiscalité récupérée et 7,18 milliards actuellement alloués à la dette espagnole. A l’inverse, le quotidien ABC prévoit une explosion de la dette catalane à 145 % du PIB catalan et le pure player El Confidencial voit un taux de chômage à 34 %, contre 20 % actuellement.

La lutte des chiffres, au coeur du débat

Entre les prévisions cataclysmiques et les exposés rassurants, la maîtrise de l’affaire catalane impose sa mesure. Elle comporte un contre-rapport du gouvernement espagnol, intitulé « Conséquences économiques d’une hypothétique indépendance de la Catalogne ». Diffusé ouvertement, ce document par lequel Mariano Rajoy admet intellectuellement l’indépendance stipule que les exportations catalanes seraient renchéries de 20 %. Il élude les 25 % catalans de l’export espagnol de 2013 mais cite les 365 millions annuels de Politique Agricole Commune (PAC) et les 1,27 milliards de programmes pluriannuels dont se priverait une Catalogne exclue de l’Union européenne. Cependant, le 11 novembre, un rapport de l’agence de notation Fitch indiquait un danger pour la dette souveraine espagnole. Le concurrent de Standard & Poor’s et Moody’s prévoyait une difficulté historique pour l’Espagne, moins capable de subvenir à ses besoins. La 14ème économie mondiale serait dépassée par la Corée du Sud voire le Mexique. La viabilité économique de la Catalogne, notoire sans l’optimisme du gouvernement catalan, se doublerait du déclassement de l’Espagne.

Une stratégie parfaitement connue de Madrid

Le Conseil Assesseur pour la Transition Nationale déroule, en estimant à 4,5 milliards d’euros le coût mensuel d’un service public proprement catalan, ou en recommandant un ajustement de l’administration catalane, déjà largement opérationnelle à l’international, pour entrer dans l’Union européenne. Organe consultatif mais implicitement décisif, il argumente sur une relation étroite avec les Etats-Unis et l’OTAN, afin de marquer l’émancipation de la couronne espagnole. Sa stratégie documentée est parfaitement connue du gouvernement espagnol. Une fiche Wikipédia en espagnol lui est même consacrée.