La Clau
Le Train rouge du Fenouillèdes devient un enjeu économique et politique

Pour ses 20 ans, le Train rouge du Fenouillèdes entamera sa prochaine saison de mini-voyages d’agrément en avril 2022. Ce convoi de couleur rouge, reliant le Roussillon au Languedoc lors des périodes de vacances, a failli devoir stopper sa route, car la convention qui lui permet de circuler sur la ligne Rivesaltes-Saint-Martin-Lys (commune mitoyenne d’Axat, dans le département de l’Aude) parvenait à échéance ce 31 décembre. Ce texte, rédigé par la direction de la SNCF, fera finalement l’objet d’une nouvelle mouture. Pour cela, les gestionnaires de ce train touristique, basés à Saint-Paul de Fenouillet, ont obtenu une aide d‘urgence afin que ce moyen de transport apprécié des familles puisse continuer de fonctionner en 2022.

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Il manquera bientôt 6 à 8,5 millions

L’État a fait savoir, mardi 21 décembre, qu’il allouait une enveloppe de 1,5 million d’euros afin que le Train rouge puisse exister encore lors de sa prochaine saison de printemps-été. Ce budget est destiné à l‘entretien des voies, par “SNCF réseau”, qui en reste propriétaire. La société anonyme à capitaux publics, filiale de la SNCF, évalue entre 7,5 et 10 millions d’euros la somme à investir pour que la ligne fonctionne correctement et en toute sécurité jusqu’en 2032. Les 6 à 8,5 millions manquants suscitent inquiétudes et interrogations.

La CCI, l’UMIH et l’UPE souhaitent secouer le gouvernement

Ce vendredi 24 décembre, à Perpignan, Laurent Gauze, président de la CCI des Pyrénées-Orientales, Guy Durand, président de l’UPE66 et Brice Sannac, président de l’Umih, ont déclarent conjointement que la fermeture serait une condamnation pour “l’économie hôtelière, gastronomique, œnologique, les activités de plein air mais également la notoriété de notre territoire, son image au-delà de nos frontières”. Selon leur analyse, “à l’heure où l’on prône les vertus du tourisme à la française, la SNCF condamne purement et simplement un pan de notre économie touristique”. Ils demandent au gouvernement une “mobilisation forte et concrète pour que le groupe SNCF Réseau s’engage à poursuivre l’entretien régulier de cette ligne ferroviaire”.

Une crainte de décentralisation

Pour le groupe communiste du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, le sujet du Train rouge est à relier avec la fermeture temporaire de la ligne Perpignan-Villefranche-de-Conflent : comme solution à ces service instables, le territoire aurait besoin d’un “RER Catalan”. Ce projet mériterait que la région “Occitanie” et le Département des Pyrénées-Orientales se “réunissent urgemment”. Les communistes restent cependant jacobins en affirmant “il ne s’agit pas pour les collectivités de se substituer à l’État et à la SNCF”.
Parmi les autres réactions, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la région “Occitanie”, à majorité socialiste, revendique aussi la centralisation : il réprouve l’idée d’une prise en charge de la ligne par les collectivités territoriales et locales insinuée par le préfet de région et revendique son maintien aux mains de l’État. Ses raisons concernent l’histoire de la ligne : “Ce n’est pas une ligne TER mais une ligne qui a vocation à accueillir du fret (…) Il n’est pas légitime que ce soit les collectivités locales qui financent son entretien”. Hermeline Malherbe, présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales, à majorité socialiste et communiste, avertit : “Restons mobilisés pour que les trains ne déraillent pas une nouvelle fois à cause du manque d’ambition et du soutien de l’État dans les Pyrénées-Orientales !”. Là encore, la volonté de perfusion centrale se manifeste : “Nous réclamons une vraie stratégie pour le Train rouge et le ferroviaire dans les Pyrénées-Orientales”, déclare l’élue.

Le sénateur Calvet s’y était pris dès le 7 décembre

Pour sa part, le sénateur François Calvet (Les Républicains) rappelle avoir écrit “en faveur du Train Rouge”, le 7 décembre dernier, auprès d’Emmanuelle Saura, directrice territoriale “Occitanie SNCF Réseau”. Dans sa lettre, le parlementaire critique une “décision unilatérale sans concertation préalable” et “lourde de conséquences”. Il demandait à la SNCF de “surseoir à cette décision”, par crainte d’un “coup d’arrêt préjudiciable” au “dynamisme du tourisme et à la promotion des productions locales de ce territoire”.

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