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Les champs de blé, parfois visibles depuis les routes, se multiplient en Roussillon. Cette tendance ne fait pas encore émerger une filière robuste, mais un changement se profile, en Salanque et dans le bassin d’Elne. Cette année, du 15 mai au 20 juin, la moisson s’est déroulée à Bages, Alénya ou Saint-Laurent de la Salanque. Comme au XVIIIe siècle. A Saint-Cyprien, Vincent Bertrand de Balanda exploite les terres du Mas de la Mer, situé à deux pas du Bocal du Tech. Ce diplômé de Biologie appliquée de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) de Perpinyà, “option agronomie”, nous précise-t-il, a reconverti l’exploitation familiale en 2001. Auparavant, le maraîchage et l’arboriculture accaparaient l’essentiel de l’activité et “personne ne croyait aux céréales, notamment l’administration”, assure calmement ce paysan de 40 ans. Ce producteur discret, dont le choix stratégique pour les pois, le maïs et surtout le blé, a été naturel, réalise à lui seul la moitié de la production territoriale. Equipé d’une moissonneuse allemande acquise pour 160.000 euros, il accompagne l’évolution agricole, sur des terres où l’exploitation massive de la vigne a fait oublier les siècles céréaliers.

Du blé d’ici pour les pâtes Panzani

Il y a quelques mois, à quelques dizaines de mètres du centre aqualudique Aqualand, les semis effectués peu avant Noël 2013 ont donné un champ de blé dur. Bertrand de Balanda porte ses efforts sur une culture négligée jusque dans les années 1990. “Mon père a toujours fait un peu de blé, mais j’ai choisi de développer cette culture”, assure le céréalier, à l’abri de son bureau. Sur place, ainsi qu’à Corneilla-del-Vercol, Latour-bas-Elne et Elne, 40 hectares de blé tendre et 180 hectares de blé dur constituent les surfaces travaillées. Cette année, le premier a rejoint principalement l’Italie et le Maghreb, où il intervient dans la fabrication de pâtes et de semoule. On le retrouve aussi dans l’usine de pâtes Panzani de Marseille. Son expédition s’est déroulée depuis les silos de Port-la-Nouvelle. Le blé tendre intervient dans la fabrication de pain au travers de la coopérative languedocienne Arterris, située à Bram.

Les ressources en eau sont sécurisées

“Le blé est une culture d’hiver et n’a pas besoin d’être irrigué, mais nous mettons parfois un peu d’eau”, raconte Vincent Bertrand de Balanda, qui s’est équipé de systèmes d’aspersion mobiles. Sa production n’est pas menacée malgré notre climat, parfois très sec, car l’approvisionnement en eau est garanti par le canal issu du lac de Villeneuve-de-la-Raho, alimenté par le fleuve de la Têt, via le barrage de Vinça. Sans jamais “aucune restriction d’eau”, le rendement par hectare atteint 5 tonnes, les meilleurs années. Les alluvions de l’aiguat de 1940, crue historique du fleuve du Tech, permettent une “très bonne qualité de blé”, car la terre “donne un très bon rendement”, assure le professionnel, qui réserve aussi 10 hectares à l’orge. “Depuis 20 ans, les choses ont changé et tout le monde s’intéresse à nous”, insiste ce précurseur, qui renoue avec l’histoire et travaille depuis peu avec son frère, Pierre, sous l’oeil attentif de son père, Michel.

Le Roussillon, terre de céréales pendant des siècles

Le potentiel céréalier des Pyrénées-Orientales ne s’est pas encore révélé, mais le passé parle pour lui. L’ouvrage “Découvrir l’Histoire du Roussillon du XIIe au XXe siècle”, publié en 2011 par Gilbert Larguier, de l’Université de Perpignan, relève 68,2 % de surfaces agricoles dévolues aux céréales en 1730 dans la plaine du Roussillon, 76,8 % en Vallespir et 80,9 % en Cerdagne. Après un très long déclin, la tendance actuelle est relative : “ce sont des productions marginales, mais ça progresse”, précise Nicolas Mansouri, de la Chambre d’Agriculture du Roussillon, à Perpignan. Le blé, l’orge ou le maïs sont souvent un simple complément à une activité principale, car ils exigent un investissement matériel important et une surface suffisante pour être rentables. On observe cependant un “petit développement de ces cultures car des terres se libèrent”, certifie le technicien, chargé de quantifier l’évolution.

En 2012, le Pays Catalan a ainsi produit 650 hectares de blé dur, 150 hectares de blé tendre et d’avoine ainsi que 60 hectares de maïs. Ces cultures sont observées en Roussillon et en Vallespir, au piémont du Canigou, en Conflent et en Capcir. Sans comparaison avec la vigne et l’olivier en regain, une reprise est en cours, dans des proportions modestes, le département étant le “Petit Poucet céréalier de la région”. Le particularisme est assuré par le blé Barbu du Roussillon, soutenu à Saint-Laurent de la Salanque par le Groupement Agricole d’Exploitation en Commun (GAEC) du producteur Pierre Espejo.

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