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Le président du gouvernement catalan, Artur Mas,vient d’ouvrir le débat sur la nécessité de réduire le temps de travail et les salaires, dans un objectif de réduction du chômage en Catalogne. Cette intention a été dévoilée ce vendredi, devant un parterre de 400 chefs d’entreprises réunis à la Seu d’Urgell. M. Mas souhaite s’inspirer des politiques sociales et économiques menées aux Pays-Bas, qui affichent un record de temps partiel, soit 35,5 % des emplois, tandis qu’en Allemagne, la réforme Schröder a induit une baisse du volume travaillé, et des rétributions. Ce partage du travail, imaginé face au problème structurel qui concerne toute l’Espagne, s’est illustré par une déclaration dépourvue d’ambiguïtés : « Nous sommes capable de laisser des personnes au chômage, au lieu de flexibiliser la journée de travail et de diminuer légèrement les salaires ». Cette affirmation s’inscrit dans un paysage morose, illustré par un impressionant taux de 19 % de chômage au premier trimestre 2011 en Catalogne du Sud. Cette situation reste conjoncturelle, car liée au contexte de crise, mais elle contient aussi un empêchement structurel, qui concerne l’économie espagnole en général.

La comparaison avec les exemples européens à la pointe nourrit le discours d’Artur Mas : « Qui peut croire que des pays comme les Pays-Bas, avec 4% de chômage, ont un volume de travail quatre à cinq fois supérieur à celui de la Catalogne ? Ces pays disposent de davantage de travail, mais pas quatre fois plus que nous. Ils le partagent mieux que nous ». En effet, avec un temps annuel de travail évalué entre 2007 et 2008 à 1775 heures, l’Espagne est le champion d’Europe du genre, loin devant la France, avec 1559 heures annuelles, malgré ses 35 heures, et surtout l’Allemagne et les Pays-Bas, avec 1432 heures et 1413 heures. Depuis 60 ans, l’Espagne n’a pas suivi la diminution, appliquée par les grands pays européens, du volume annuel de travail, et de la meilleure répartition des postes qui en découle. Pour autant, le président Mas souhaite agir sur ce problème, pour la Catalogne, en choisissant clairement le modèle allemand de négociation au cas par cas par les partenaires sociaux. Ce style purement social-démocrate suppose une implication des patrons catalans, à l’instar des nombreux capitaines d’industrie allemands, lors de la dernière décennie. La société Siemens, qui s’est imposé une augmentation de 10% de ses effectifs, résume cette politique.

Ce schéma solidaire s’oppose au système en vigueur en France, où la généralisation du temps de travail hebdomadaire réduit, décidée par l’Etat, a fait preuve d’une certaine inefficacité. De plus, elle a été remise en cause par le président Nicolas Sarkozy, via une détaxation des heures supplémentaires. Cependant, le modèle nordique de flexibilité et de développement du temps partiel, basé sur le volontariat, se heurte à un écueil en Catalogne. Le niveau de salaire y est inférieur à celui du reste de l’Europe, et une inflation qui alignerait les prix sur la moyenne européenne peut développer un nouveau contingent de travailleurs pauvres. Cette solution serait préférée à la précarité d’un chômage de masse.

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