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En octobre 2009, un projet de gazoduc international traversant le Roussillon a affleuré à Bruxelles. Cette information n’a pas reçu le relief mérité, car le débat sur les nuisances de la ligne électrique à Très à Haute Tension (THT) de 400.000 volts faisait rage à Perpignan. En mars 2011, l’Espagne a validé la construction d’un tronçon de 88 km reliant Figueres à Martorell, dans la banlieue de Barcelone. Le chantier a pris son essor et l’Union européenne a classé ce projet, baptisé Midcat, parmi ses priorités stratégiques en matière d’échanges énergétiques, en mai 2013. Auparavant, en 2012, le ministère français de l’Ecologie a approuvé un projet de pipeline de 150 km reliant Barbairan, 6 km à l’Est de Carcassonne, à Figueres.

Silence radio dans les Pyrénées-Orientales

Malgré la certitude de sa construction, le gazoduc Midcat ne pénètre pas le débat en Pays Catalan. Le 4 mars dernier, l’Union européenne, la France, l’Espagne et le Portugal ont pourtant signé une « Déclaration de Madrid » qui a définitivement assis le dossier. Euphorique, le ministre espagnol de l’Industrie, José Manuel Soria, espérait que le gazoduc Midcat fonctionne dès 2020. Le texte sanctionne une volonté stratégique européenne de premier ordre, car l’augmentation de la capacité d’échanges de gaz entre Etats voisins a son interprétation politique. L’enjeu est d’aider l’Europe à réduire sa dépendance sur l’approvisionnement de gaz russe, notamment de l’opérateur hégémonique Gazprom. Le 26 mars, Antoni Peris, le président de l’association espagnole du gaz, Sedigas, déclarait souhaiter offrir la capacité gazière de l’Espagne au reste de l’Union européenne, qui dépend de la Russie à un tiers de son gaz. L’Espagne, extérieure au réseau russe, se fournissant à 50% en Algérie, les tensions politiques avec Moscou justifient le recours géostratégique à son réseau. Le Roussillon tient un rôle passif dans ce dossier néanmoins important, car la capacité d’interconnexion gazière de l’Espagne et la France atteindrait 14 milliards de mètres cubes par an, circulant quelque part dans les Albères, les Aspres, la plaine alluviale du Roussillon et les Corbières. Le pipeline Midcat remplacerait 10% des volumes russes actuellement reçus par l’Europe.

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