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La campagne en vue des élections de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Perpignan et des Pyrénées-Orientales oppose deux conceptions de l’économie territoriale. L’une, « Ici et Maintenant », menée par le quadragénaire Bruno Delmas, affiche une stratégie sans complexes idéologiques, face à l’autre, dont le leader est l’actuel président Bernard Fourcade, qui envisage avant tout de préserver le cadre institutionnel. Dans sa communication, le dirigeant d’entreprise de marketing touristique Bruno Delmas est nommé coauteur de la « première bascule » territoriale de 1998, lorsque le socialiste Christian Bourquin a pris le Conseil Général des Pyrénées-Orientales. M. Delmas, alors jeune homme de confiance de l’actuel président régional, souhaite aujourd’hui une deuxième bascule, consistant au renversement de l’équipe consulaire sortante. Son adversaire, l’expert comptable Bernard Fourcade, parie simplement sur la pérennité de la structure de la CCI, plus que sur une décennie à inventer. La mauvaise santé de l’économie des Pyrénées-Orientales n’est pourtant pas refoulée par la Chambre, dont l’Observatoire Economique est très avisé des dernières tendances.

La liste « L’Union economique menée par Bernard Fourcade » est massivement soutenue par les grands groupements institutionnalisés, dont la liste complète contient l’Union Pour les Entreprises 66, l’Union Professionnelle Artisanale, la Fédération du Bâtiment, la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du bâtiment, l’Union des Métiers de l’industrie Hôtelière, la Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM), ou encore la Fédération Nationale des Transporteurs Routiers, le Pôle Economique Saint Charles, le Marché Saint Charles International, Saint Charles Export, et l’Association Espace Polygone de Perpignan. Cette équipe puissamment installée souhaite favoriser cinq piliers économiques, soit le secteur du Nautisme, les énergies renouvelables, l’«international », le Tourisme, et les Transports, couplés à la logistique. Accompagner l’existant et rassurer les électeurs, sans révolution, même de velours, compose la stratégie. Jusqu’à confondre le projet et l’institution administrative amenée à le défendre, l’équipe Fourcade souhaite épauler les électeurs dans la création d’entreprises, la formation et le montage de dossier de subventions, dans une approche réticente au libéralisme. En contraste, la liste Delmas semble davantage réagir à la manière anglo-saxonne ou sud-catalane, consistant à vouloir transformer en chance l’urgence, fille de la crise.

L’absence du P.I.B des Pyrénées-Orientales dans la campagne de conquête de la CCI tend à réduire celle-ci au rôle de simple outil administratif prévu par la loi, sans obligation de résultats. La liste Delmas, située en dehors des responsabilités, peut librement promettre une économie qui « taperait juste, très vite », tout en repoussant l’argument du « tout se décide ailleurs » ou en accusant l’institution de la chute du port de Port-Vendres. En face, dans son dernier communiqué de campagne, transmis ce mardi, la liste Fourcade dresse étrangement un bilan interne, comportant « 263 salariés », ou encore « 27 millions d’euros de budget dont seulement 9,1 millions d’euros prélevés sur les entreprises locales » et une « pression fiscale en baisse » de 2,4% en 2011. Cette liste de continuité, qui promet 600.000 passagers annuels à l’Aéroport de Perpignan, promet juste une stabilité face à la crise. Au regard de la kyrielle de soutiens reçus, les électeurs pourraient être amenés à effectuer un simple choix d’intérêts plus que de projets.

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