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Dans une interview publiée le 3 mars par le quotidien El Punt, le puissant homme d’affaires Antoni Escudero affirme sa confiance envers la commune frontalière de La Jonquera et la Costa Brava. Né en 1954 près d’Albacete, dans la région espagnole de Castille-La Manche, cet autodidacte a bâti patiemment un empire familial autour de l’économie de la frontière, depuis la fermeture du centre douanier de la Jonquera en 1994. Aujourd’hui, le groupe Escudero possède deux supermarchés, un hôtel, un buffet libre, deux restaurants, un magasin de sport, une cave de vins et une publication hebdomadaire, Hora Nova, pour 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012. La réussite est totale autour d’une stratégie simple, celle d’attirer le client français voisin par des prix cassés, des horaires d’ouverture élargis et des loisirs adaptés. Les établissements Escudero sont vite devenus une référence, avant tout française. Homme atypique et hyperactif, leur propriétaire a développé son emprise sur la région de l’Alt Empordà par ses responsabilités publiques : membre du syndicat Commissions Ouvrières dans les années 1980, acteur influent du Parti Socialiste de Catalogne de 1983 à 2011, il a été trois fois candidat à la mairie de la Jonquera avant de présider depuis 2003 la fédération d’hôtellerie de la province de Girona et de faire son entrée au conseil d’administration du Patronat de Tourisme Costa Brava / Pyrénées de Girona.

Adapter La Jonquera aux Français et attirer le russes riches

Au XXe siècle, l’économie de la frontière reposait sur les prix avantageux entre la France et l’Espagne, notamment du tabac et de l’alcool, autant que sur un pouvoir d’achat différent. Suite à une certaine harmonisation européenne et à la crise, le différentiel s’amenuise et le client français est moins riche. Reste une immense zone commerciale autour de la frontière, que le groupe Escudero compte pérenniser, en ouvrant en avril un immense centre commercial de 60 à 70 boutiques, Gran Jonquera, sur le modèle des outlets, ou magasins d’usine, dans lesquels le différentiel des prix est rétabli par la vente de produits en sur-stocks, fins de séries, seconds choix ou défectueux, pour lequel Antoni Escudero affirme encore « nos principaux clients seront français ». Mais l’homme d’affaires n’oublie le tourisme de la Costa Brava, en déclin de 30 % en 2012, en souhaitant l’adapter à la tendance bling-bling « des 10 à 15 millions de riches russes », qui, lors de leurs séjours à l’étranger « dépensent leur argent » et « veulent du luxe, des bijoutiers, des boutiques de vêtement, et ils achètent de tout ». Autre marotte de l’homme d’affaire, les ports de plaisance de la Costa Brava, dont il argumente auprès des autorités catalanes l’intérêt de pouvoir accueillir des « bateaux de fort tonnage, qui soient attractifs pour les touristes argentés ». Cet appel ne sera peut-être pas entendu, car les décideurs politiques et institutionnels sud-catalans sont de plus en plus confrontés à des choix éthiques, comme la prostitution massive en zone frontalière, le tourisme de la débauche à l’exemple de Lloret de Mar ou le tourisme russe et ce qui l’accompagne.

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