Langue

L’énorme dictionnaire de référence espagnol, doté 50 tomes, pour 5500 auteurs et 43.000 notices, est une œuvre qui ne peut laisser indifférent. Initié en 1999, ce Dictionnaire biographique, édité par la Real Academia de la Historia (RAH) a bénéficié depuis de 600.000 euros annuels de subventions, et coûtera dans son intégralité la bagatelle 3.500 euros. Logiquement, la présentation de ses 25 premiers tomes, le 26 mai, a reçu la présence de la Ministre de l’Education espagnole, et du roi Juan Carlos. Sur le principe, les personnages biographiés doivent être nés avant 1950, mais une entorse a été faite pour qu’y figure la Princesse Letizia, née en 1972. Mais les contenus deviennent troublants lorsque le rappel est fait que cet ouvrage a été mis en route par l’ex-président du gouvernement, José María Aznar. Une biographie sélective, qui lui est réservée, résume en une seule ligne les attentats islamistes sanglants du 11 mars 2004 à Madrid, tandis que la défaite électorale de l’intéressé, le 14 mars 2004, est justifiée par l’opportunisme du Parti Socialiste dans sa critique de la marée noire du pétrolier Prestige, répandue en 2002.

Plus surprenant encore, Juan Negrín, le Président du gouvernement espagnol de mai 1937 à mars 1939, est qualifié de dictateur, alors que pour ses opposants franquistes, il n’était qu’un « traître rouge », autrement dit communiste. Mais au-delà, le caractère historique de l’œuvre devient contestable à l’évocation de la vie du général Franco, auquel sont consacrées 5 pages du 20e volume. Ce long article évite soigneusement le terme de « dictateur », et évoquer un simple « régime autoritaire » et non « totalitaire« , tout en présentant Franco comme un modéré. L’auteur en est Luis Suárez Fernández, biographe du Caudillo et lié à la Fondation Francisco Franco, rôle qui le confère le privilège d’accéder à nombreux documents. Pourtant, il ne consacre qu’un paragraphe à la guerre civile espagnole, et ne fait pas une seule fois mention de la répression, a provoqué la mort de 150.000 personnes de 1939 à 1945, s’après l’historien britannique Paul Preston. Ce chiffre est confirmé par le décompte du célèbre juge Baltazar Garzón, qui fait état de 143.353 noms de victimes du franquisme.

Partager