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Le premier quotidien de Catalogne, La Vanguardia, référence culturelle de premier plan, consacrait, dans son supplément du 12 novembre distribué dans la région de Girona, un important article au Centre de sculpture romane de Cabestany. Un reportage, au titre évocateur de « Tenir deixebles no és usar deixuplines » (Avoir des disciples ne signifie pas se flageller), évoque la piètre qualité des textes en catalan proposés par le prestigieux musée, où sont confondus les mots « deixebles» (disciples) et « deixuplines » (fléau pour se flageller), à propos des compagnons de Jésus. Manifestement choqué, l’auteur, Jaume Fabre, compare la visite à « un recorregut humorístic » (un parcours humoristique) tant les fautes de catalan sont nombreuses, et parfois franchement risibles. Le journaliste souligne par ailleurs la grande qualité muséographique du centre, qui présente les réalisations du sculpteur Maître de Cabestany, au XIIème siècle, essaimées jusqu’au Monastère de Sant Pere de Rodes à Port de la Selva ou à Sant Pere de Galligans à Girona, et invite le lecteur sudcatalan à visiter le musée « malgrat els pintorescos textos catalans » (Malgré les pittoresques textes catalans ), tout en invitant la direction à revoir sa copie. Cette vision illustre une faiblesse chronique de la maîtrise des langues en Pays Catalan, qui peut nuire à la crédibilité du territoire et des institutions associées. Indépendamment du caractère autochtone de la langue catalane dans les Pyrénées-Orientales, cette errance interroge sur les capacités du Roussillon à peser sur l’axe transfrontalier. Les exemples sont nombreux, notamment sur le web, où existent des traductions approximatives ou dénuées de sens pour le lecteur sud-catalan. Le site de la CCI et celui de l’Office de Tourisme de Perpignan font partie des exemples les plus évidents. Face à une région de Girona chaque jour plus dynamique en dépit de la crise et une Catalogne du sud qui s’émancipe, une maîtrise élémentaire de la langue catalane constitue un socle de coopérations européennes et favorise la mutation vers un tourisme de proximité, à composante culturelle, dans un cadre de potentialisation de l’économie du Roussillon. Dans ce contexte, le catalan n’est alors qu’un simple outil, au même titre que les autres langues économiques.

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