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Dans son écrin de schiste, le Musée d’Art Moderne de Collioure abrite depuis ce samedi 11 octobre un aperçu de l’oeuvre récente de Julien Descossy. A l’écart des célébrations plus courues, dans un Nord qui débute à Perpignan, le Musée Peské accroche les résultats d’une résidence artistique effectuée au cours de cette année 2014, à la demande de la maison. Aperçu dans des représentations urbaines, en 2005 puis en 2009, à la galerie Odile Oms de Céret, l’artiste versait alors dans la ville asiatique, en témoignage de ses pérégrinations de dernière jeunesse. Il y a deux ans, il tentait une surprenante série expérimentale sur le thème des pigeons. Marqué par les mégalopoles et les panoramas industriels, ce quêteur a connu les Beaux-Arts de Perpignan, Nîmes et Montpellier, où il préfère vivre et travailler la plupart de son temps. A 43 ans maintenant, le petit-fils de Camille Descossy, enfant de Céret et directeur de l’École des beaux-arts de Montpellier, disparu en 1980, achève une résidence au sein du musée. Le résultat s’éloigne de son attrait ancien pour la lumière entre chien et loup, au profit d’une colorimétrie plus contondante, pour un Collioure devenu l’unique cible de son oeil. En marge des galeries irrégulières du centre, plus fréquenté, il s’agit là, parce que le Musée en a fait le choix, d’une véritable référence.

Colllioure fantasmé Vs Collioure réel

Son appartenance à la jeune génération invite Descossy à aborder son Collioure, celui de l’observateur du dehors et d’aujourd’hui. Le gros village est là mais aussi les barques, chères à ceux qui les ont connues, comme François Bernadi, exposé au printemps dernier au même endroit, niché au bord de la route de Port-Vendres. Le peintre, né après les Beatles et la pêche vivrière, saisit encore leur motif, bien qu’elles soient devenues des pièces de musée. Pourtant, sans rupture mais en empruntant un sas temporel, le réel touristique donne lieu à « Ecran total », titre de cette collection. Les corps féminins exposés à l’air libre ont remplacé la micro-société de la pêche, car l’ambre solaire a manifestement supplanté la senteur des sardines depuis longtemps. L’iconographie colliourencque, dont les reliques sont encore abusivement idéalisées, est remplacée par notre temps. Par chance, le célèbre clocher, symbole d’un mainstream éculé, échappe presque à l’ensemble. L’identité des lieux évolue, elle quitte le passéisme réducteur. La procession du Vendredi saint revendique à peine sa place et les « Parasols sur fond bleu » et autres 70 pièces manifestent une « puissance éclatante », comme le souligne Joséphine Matamoros, conservatrice honoraire. « Barque sur fond vert » et « Grande barque » servent l’attente du public sur des tons automnaux, tandis que la série de 16 petites huiles « Barques à Collioure » happe le visiteur, par son accumulation que l’on croirait issue d’Internet.

« Figuration des années 2000 »

Décidément sans crainte du Collioure actuel, Julien Descossy représente même un belvédère de lotissement « sur les rochers », en conservant dans le champ visuel la couleur standard des façades proches. Il exprime une « nouvelle figuration des années 2000 », précise l’ancienne conservatrice du Musée de Céret, pour laquelle l’artiste assure la « maîtrise totale de la peinture en choisissant des sujets qu’il explore en les dépouillant de toute anecdote ». Le quadragénaire applique à ses objets une « remarquable plasticité et une réflexion conceptuelle de l’image ». Révélé relativement tard, Descossy aborde le corps des baigneuses à l’égal du paysage, minimaliste. L’ensemble respire quelques senteurs baroques. Cet Ecran total, structurelle et radical, s’apprécie jusqu’au 15 mars 2015.

En parallèle, la galerie cérétane Odile Oms, révélatrice de Descossy voilà bientôt 10 ans, dans un indéfectible soutien, présente son fonds réalisé par l’artiste, dès ce lundi 13 octobre 2014 jusqu’au 15 mars 2015. De Collioure à Céret, on s’organise pour provoquer l’avènement d’un peintre du pays.

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