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Authentiques détenteurs de la tradition de la rumba catalane transmise par les barcelonais Peret et Antonio Gonzales dit El Pescailla, le véritable inventeur du genre dans les années 1930, Tekameli associe dans son inspiration et ses textes une foi chrétienne évangéliste. La formation a connu un parcours très mouvementé, entre les changements de personnel, les discordes financières, la prise en charge successivement par des producteurs indépendants puis par la Culture officielle. Beaucoup de temps passé, ponctué par seulement trois albums, dont aucun qui ne les satisfasse vraiment. Alors, sans bruit, laissant loin derrière eux les émeutes qui ont embrasé leur quartier et la ville en mai 2005, mettant également de côté un livre polémique sur les Gitans écrit par Fernanda Eberstadt, journaliste du New York Times, sorti deux ans plus tard avec des répercussions qui semblent plus négatives que positives, Tekameli se recentre sur une formation plus réduite et soudée. Ils ont posé dix titres sur un CD enregistrés presque à domicile, à La Casa Musicale, le centre culturel et de création très actif et fédérateur perpignanais, situé à quelques pas de leur quartier.
Musique à fond dans les autoradios !
Le groupe nous invite ici à écouter à poser l’oreille selon le titre du disque, « Escolteu ». On ne remarque aucun grand producteur de renom comme Philippe Edel, qui avait réalisé leur précédent album édité chez Sony « Ida et Vuelta » en 1999. On ne retrouve pas non plus l’approche ethnologique signalée par la pochette du premier album, « Chants religieux gitans », sorti en 1994. Il n’y a pas d’arrangements compliqués ou électroniques au bénéfice d’un son pur et simple, doté de rares éléments rythmiques. Les cordes et les voix sont mises en valeur par cette sobriété. Voilà donc dix titres d’inspiration religieuse, des moments de prière personnelle, de recueillement, qui mettent l’accent sur certaines influences flamencas, orientales, et autres musiques populaires. Cet album fait la part belle à la rumba catalane comme nous l’aimons, mélodique et sentimentale, rythmique et sensuelle, sans oublier ce jeu de guitare caractéristique dit « El Ventilador » qui rend fou tous les mélomanes dignes de ce nom. Une réussite complète dans l’intention et la réalisation qui va relancer Tekameli et leur permettre d’exporter à travers leurs concerts, un peu de l’esprit du quartier Saint Jacques lorsque cette musique est jouée dans la rue ou qu’elle s’échappe des autos radios poussés à fond dans les rues de Perpignan.
Tekameli – « Escolteu » - Production Jade - Universal avril 2008
Jean-François Colomer
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