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Je vous avais prévenu, le dépotoir mondial culturel contient bon nombre de pièces dépareillées. Moitié cubain, moitié allemand, Otto Von Schirach est une monstruosité de notre temps, un hybride, un mutant qui se nomme lui-même « chevalier de Miami ». Après quelques albums bruitistes et pornographiques, l’« artiste » a déjà ravi l’avant-garde, les junkies, les gang-bangers, les idiots et les pommés de tous poils. Produit par l’infernal Mike Patton en 2006, dont on ressent l’influence sur quelques titres dégénérant Bach et la musique de fête foraine en Breakcore débile (Fried Eggs In My Ear), le style d’Otto Von Schirach est produit par une machine électronique émettant des basses monstrueuses, couchées par un esprit core puisant dans tous les registres de l’électro-techno : du gabber au booty, du breakcore à l’electro commerciale, du son des raves européennes à celui des boites de Miami.
Le cul, le bruit et la connerie
La musique électronique semblait dans son ensemble avoir fait long feu, perdue dans le brouillard de l’electronica et des spasmes commerciaux des Dj’s à succès. Ce qui manquait à cette musique c’est d’un peu de personnalité. Le rêve d’une musique sans musiciens a tourné court et l’electroclash aura laissé au moins ceci : quand le son est pauvre, les mélodies volées, vaut mieux avoir Dj Hell à mettre devant. Otto Von Schirach est de ceux-là, mais en plus audacieux. Certes, son credo à lui, c’est le cul, le bruit et la connerie. Sa musique est dans la forme purement adolescente, et donc par voie de conséquence, dans une société pédophilique comme la nôtre, une musique post-adolescente. Le mélange est effarant puisque s’y côtoient les styles les plus antagoniques, entre death metal et l’electro. Chacun des 18 compositions écrasent quelques choses ou quelques uns. Satanic Unicorn Orgy est bâti sur le très mauvais tube nineties I'm Too Sexy qui devient une boucherie electrobreak gabberisée sous le label pure connerie. Les breaks s’alourdissent, des cris de bêtes tombent comme du heavy metal, le tout doit faire hurler les dance floor et notamment les filles, dans des postures dépassant la simple suggestion. Sur un breakcore abominable, les coupures ne sont que hurlements de femmes-orgasmes (Spine Serpents Of Sperm Island). La loi de l’absurde et de la diversion posent le burlesque de l’électro au break, d’avant en arrière, du hip-hop au gabber, du flow au matraquage. Sliced Doves On Codeine est la quintessence d’une électro dégénérant Prince himself en breakcore bruitiste, en jouant avec vos sens comme le flipper avec la balle. Jouant jusqu’à l’absurde la tendance minimaliste, celui-ci redevient séminal, dangereux, core et noir (We Can Get 2gether). Ça break de toute part, et pas forcément en accéléré. Le hip-hop d’Otto est décadent au point de retrouver les traces de Captain Beefheart, ou d’un Tom Waits rigolant enfin (Zombie Halloween). Seuls quelques chorus et autres mélodies new wave nous rappellent que leur blues à eux est né durant les noires années 80.
Références album : Otto Von Schirach, Oozing bass spasms, Cock Rock Disco, 2008.
http://www.myspace.com/ottovonschirach
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