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Jean Chartron sort à 55 ans un premier véritable album, « Blues bleu », disponible depuis février chez DixieFrog. Ce Catalan d’adoption pose sa voie sobre et grave sur 12 titres, en anglais et en français à parité, des chansons originales et des standards jugulés, malaxés, pour perpétuer un certain art du blues authentique, celui que l’on joue seul, guitare et voix. Le jeu instrumental frôle parfois le technique et ce blues-là, pourtant rattaché à un genre autant éternel qu’éculé, fait de l’effet avec « Sad, sad day », « Prier pour toi » et même dans un « Stand by me » que l’on croyait épuisé jusqu’à la corde. Chartron, le chanteur à lunettes à l’accent toujours pointu, au phrasé intello et à l’attitude de grand coincé, lâche sa nonchalance au micro, et sait surprendre… Il évite le prévisible en ajoutant un détail, un refrain supplémentaire, en droite ligne de sa formation d’autodidacte éclairé : un père peintre lui a transmis sans bruit l’évidence de la précision et sa découverte solitaire de la guitare, à l’âge de 10 ans, a donné une réinvention de l’instrument par une troublante méthode consistant, toujours dans l’actualité, à jouer sur une guitare accordée pour un droitier, tenue sur le mode gaucher… une inversion qui relèverait de la torture si le résultat ne produisait un discours mélodique riche sans trop, forçant même le respecte de l'acerbe Télérama qui reconnaît dans cette voix cousine de Muddy Waters un bonhomme « toujours et sincère, touchant ».
Une enfance à Perpignan, des tournées en France
« Nul n’est prophète... » se vérifie encore pour Jean-Laurent, devenu « Jean » pour les besoins de ce nouvel album. Après s’être installé à Perpignan dans la vingtaine et avoir entrepris une carrière d’illustrateur de pubs chez Havas, ce n’est qu’en 1993, à 40 ans, qu’il a choisi celle de musicien professionnel. Mais avec modération, au jour le jour, dans la proximité de la Catalogne Nord où il a fait son trou et dont le tour est vite fait par les temps qui courent. Sans courir les maisons de disque, forcément, la notoriété est retardée, mais Chartron n’a pas le profil de ceux qui montent sur scène lorsqu’ils n’ont rien à dire. Au contraire, il a longtemps douté de son talent -preuve de celui-ci ?- puis a été remarqué par le batteur de jazz français de référence, André Ceccarelli, avant de livrer le circuit des petites salles hexagonales à l’âme du blues discret, sans fabrication, fondé sur cette économie de moyens qui tutoie parfois la pureté. Avec lui, Perpignan dispose d’un des rares vrais bluesmen de notre temps, marginal de luxe, désormais sûr de lui lorsqu’il affirme dans une interview au Médiator de Perpignan : « Tout ce que j’écris, c’est mon père, ma mère, mon frère, et tout ce qui tourne autour : la famille, les enfants, les oncles, les tantes (…) pour moi, le blues vient toujours de là, à fleur de peau ». A l’heure ou certains trouveraient ridicule cette thématique basique, Chartron démontre que l’art classique force encore l’imagination.
Vaig tenir sort de sentir fa alguns meses Chartron a Perpinyà, i és veritat m'hauria agradat de sentir-lo en català però quin plaer !
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