Menacée par Internet depuis 10 ans, la presse populaire française a évolué vers une recherche d’attractivité dans ses contenus, plus légers, tandis que les actualités économiques et sociales ont été simplifiées, voire caricaturées. Ce nouveau paysage est grossi en Pays Catalan, où le sujet ludique a vaincu le sujet social. Si la mise en avant d’informations festives existait en 2000, leur importance saute désormais aux yeux.
Les loisirs remplissent le vide
Au printemps 2010, l’information majeure sur la santé de la Catalogne du Nord, consacrée par le franchissement historique de 30.000 chômeurs validé par le Ministère du Travail, est passée inaperçue auprès du grand public. Tout comme les reculs de fréquentation de l’aéroport de Perpignan-Rivesaltes et du port de Port-Vendres. Mais le vide né du silence sur ces tendances chiffrées a été rempli par l’épopée de l’USAP, les 90 ans du chanteur Jordi Barre, les mésaventures du chien martyr « Mambo », puis le sacre de la chanteuse Luce au concours « Nouvelle Star ». Même la fête de la cerise de Céret, dont le succès accompagne une chute des volumes de production en comparaison avec 1980, inspire une approche touristique et « authentique », bien plus qu’économique.
La réalité a disparu
Dans la puissance médiatique globale, le Pays Catalan amorce une nouvelle étape de son histoire, dans laquelle la réalité de 2010 ne dispose plus de traduction générale dans les consciences : les retards de l’ouverture du TGV Barcelone-Perpignan, le coup d’arrêt du projet de centrale solaire voulu par l’Agglomération de Perpignan, les finances en peine du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, ont-ils alors une existence ? Déjà, fin 2009, l’échec du dispositif d’attribution du Revenu de Solidarité Active (RSA) dans les Pyrénées-Orientales n’avait pas fait l’objet d'informations reçues par tous. Sur ce même principe, le traitement du triste anniversaire des émeutes du 29 mai 2005 à Perpignan a été omis. Tous ces sujets réels, c'est-à-dire, au fond, négatifs et peu vendeurs pour une presse dont les ventes s’effondrent, n’ont pas fait la Une. Faute d’une télévision territoriale, dont le projet est stoppé, faute de couverture médiatique à la portée de tous, ces faits finissent par ne jamais avoir existé, dans un schéma qui rend propices tous les révisionnismes.
Une petite réussite devient extraordinaire
La perte d’énergies créatrices dans les Pyrénées-Orientales, symbolisée par le tournant de 1981, c'est-à-dire le trépas de l'industrie des Poupées Bella, leaders en Europe, est contournée par la presse, amatrice du farniente ambiant. De la sorte, une petite reprise économique prend une dimension extraordinaire, à l’instar de la très respectable société de chaussures ancestrales « Création catalane » de Saint-Laurent de cerdans, bien modeste au regard de l’histoire industrielle de la commune. Mais faciliter l’accès à l’histoire casserait le moral.
Ce phénomène bouleverse la perception du présent, avec pour meilleure illustration l'exacerbation du tourisme, dynamisé dans les années 1960 au détriment de l’industrie ou de l’agriculture, puis devenu marqueur principal de la personnalité du pays. Jusqu’à en omettre qu’il s’agit à l’origine d’un travestissement organisé par désespoir économique.
Le "tout loisirs" condamne à l’isolement ?
A la faveur d’une démographie héliotrope, l’ambiance « Club Méditerranée », de plus en plus présente dans la société des Pyrénées-Orientales, isole le territoire, malgré certaines velléités politiques contraires. Qu’il y ait eu un recul économique bien avant la crise n’importe pas, puisqu’un ancien site industriel est réaménagé en parcours de verdure, que les randonnées se développent partout et qu’un marché bio est organisé demain. Cette tendance lourde de l’invention d’un bien-être artificiel, qui masque la cruauté du réel, deviendrait alors un mal nécessaire, pour ne pas sombrer. La Catalogne du nord, carte postale du nouveau système médiatique, serait trop inactive pour disposer d’une presse plurielle et décisive. Elle serait aussi trop catalane pour se fondre dans le Languedoc, trop nonchalante pour se refondre avec la Catalogne du sud, et aurait son isolement comme unique salut. A l’aube de la deuxième décennie du XXIe siècle, la réorganisation de la réalité, par une communication où priment le loisir et le pittoresque, rend difficile la perception de la réalité. Mais l’évacuation de celle-ci, source de ce vide qu’abhorre la nature, appelle encore d’autres substituts improbables.
Gabriel Fabre
excellent et très réaliste article, les PO sont devenus un département de loisirs pour les plus démunis de france,il n y a qu a écouter RADIO FRANCE ROUSSILLON ,l,USAP et les stations de ski l'hiver ,les plages et les marchés bios l été,mais de travail on n en parle jamais,et surtout la célébration de ce catalanisme a deux balles les vrais catalans sont au dessous ils s'amusent mais travaillent autant,ici on a remplacé ...
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Bon article. Et fort juste. Un bémol toutefois. Ce que dit l'auteur n'est pas une nouveauté. Il y a trente ou quarante ans, c'était déjà comme ça. Peut-être serait-il intéressant (c'est une proposition) que La Clau organise un vrai grand débat sur l'information locale et régionale. Cela dit je vous rassure : dans la plupart des régions, le monopole de la PQR a les mêmes conséquences. Dans la France profonde...
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la presse essaie de se réinventer en ligne. Exemple en ce moment : comment quelques journaux/medias en ligne en France récuperent le phénomène "war logs" de Wikileaks (ces 70000 documents mis en ligne sur la guerre en Afghanistant entre 2003/2009) > comme OWNI (est-ce si difficile de se réinventer en ligne ? : non si le contenu est honnête et intelligent). adresse > tinyurl.com/29gtt2r
L'information est ici centrée, en une habitude très française, sur le soi, l'image magnifiée de soi, un peu dérisoire et si peu indépendante en fait. Il devrait y avoir place à une presse régionale combinant une présence sur le net, et une presse papier, une presse qui mette en relation, fasse circuler dans le local,un ailleurs qui ne se résume ni à la France ni même à l'Europe. De cette circulation-confrontation, devraient pouvoir s'ébaucher une dynamique et surtout de vraies pist...
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Super papier, belle analyse. Plutôt un constat sans concession. Vous savez, ceux qui sont à Paris les "Catalans de Paris" ont-ils apporté quelque chose au département? Mais je dois bien reconnaître que ce n'est pas à eux de faire le nécessaire. Enfin on mousse, on mousse.