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La communication de crise est une discipline à part entière des sciences de la communication, bien connue des entreprises. C’est un passage obligé. Mais, alors que jusqu'à présent les responsables politiques semblaient un peu moins stratèges en la matière, la poussée de l'utilisation de la com' en politique et l'avènement de la société médiatique ont poussé les institutions à créer une inversion des valeurs inédite face à la plus grande crise depuis 79 ans : en France, le président Sarkozy a fait de la communication le principal instrument de sa gestion de la crise. Après une certaine latence, sans doute due à l'analyse de scénarios, l’Entreprise France a lancé une surprenante offensive d'inondation des médias pour occuper l'espace « crise » en anticipant exagérément les risques bancaires, tout en minimisant l'augmentation du chômage et la crise économique qui suivra en 2009 et probablement au-delà, bien plus dramatique que le risque à court terme sur les avoirs bancaires du petit peuple. Ce choix du « projet latéral », cette stratégie de communication de crise qui consiste à changer l'angle de vue sur la crise, en inculpant les Américains, les « patrons voyous » aux parachutes dorés et les banquiers irresponsables démontre sans doute la plus grande crainte de l'Etat Français : la réactivation de la lutte sociale, permanence de l'histoire de France, anesthésiée depuis 1 an.
La crise de 2008 démontre l'inexistence de l'Europe médiatique
Les entreprises « Catalogne » et « Espagne », comme une majorité d’ensembles européens, ont quant à elles choisies la stratégie bien connue de la « reconnaissance », probablement parce qu’elles possèdent un système de presse moins enclin influençable que son homologue français. Les gouvernements catalan et espagnol reconnaissent pratiquement tout au sujet des maux économiques actuels et à venir : ils évoquaient déjà la crise bien avant la faillite financière de la banque Lehman Brothers aux Etats-Unis et ont commencé à annoncer des mesures face à la grave crise, économique celle-là, ignorant ou minimisant la crise bancaire et le risque pour les économies placées du sujet espagnol. Les Présidents José-Luis Zapatero et José Montilla ont assumé davantage la crise que ce qu'ils ont annoncé de solutions, le principal risque pour l'Etat espagnol étant ailleurs : l'annonce de l'accord entre les principales forces politiques du gouvernement catalan et bientôt espagnol sur les reversements fiscaux de l'Etat Espagnol à la Catalogne Sud était prioritaire pour éviter que la crise économique n'attise les volontés souverainistes de la communauté autonome dont l’autogouvernement est supérieur à certains Etats d'Europe de l'Est. Cette nette différence d'appréhension d'une même réalité partagée illustre à merveille le silence et la cacophonie médiatique entendue actuellement en Europe, dont les instances de gestion possèdent sans doute les meilleures armes face à la crise bancaire et économique, mais pas encore une seule voix écoutée par ses citoyens.
Gabriel Fabre